Mercredi 07 décembre

Mercredi 07 décembre

Raphaël et Le bon chemin

Un conte écrit et illustré par Stéphane Hamard
« Bip ! bip ! bip… » au pied de la lampe fusée un petit cadran venait de s’allumer tout en émettant
cette sonnerie annonciatrice du lever. Raphaël essaya bien de l’éteindre d’un revers de main mais
tous ses essais restèrent sans résultat. Il ouvrit difficilement les yeux et, à sa grande stupeur, il
comprit qu’il ne pourrait jamais atteindre le réveil de là où il était. Sa tête, ébouriffée, émergeait de
la couette là où auraient dû se trouver ses pieds. Mais comment avait-il encore fait pour se retrouver
dans cette position ? Quand enfin il se leva il attrapa le vieux livre encore chaud d’avoir été collé à
lui et le posa délicatement sur le coin de sa table de chevet. Il se débarbouilla rapidement et
rejoignit la cuisine où Lisa lui avait déjà préparé son petit-déjeuner. Papy Octave était là lui aussi, et
même si l’absence de cheveux le faisait paraître bien réveillé, quelques traces de l’oreiller
trahissaient une nuit profonde.

- Bonjour maman, bonjour Papy, vous allez bien ?
À cette simple question un petit cri de stupeur échappa de la bouche de Lisa, cela faisait bien
longtemps que son fils ne lui avait pas dit bonjour aussi gaiement un matin d’école.
- Oui merci mon chéri, répondit-elle. Et toi, en forme pour une nouvelle journée studieuse ?
- Oh oui, et j’ai pris une grande décision, je vais changer, vous allez voir !

Quelle merveilleuse journée, le soleil était même au rendez-vous. Papy Octave ayant pris un peu de
retard, ils ne retrouvèrent Lucille que devant l’entrée de la cour d’école. Elle était avec Louise mais
étonnamment Martin et Lucien n’étaient pas avec elles.
- Coucou les filles, mais où sont les autres ? Demanda Raphaël et cherchant aux alentours.
- Euh, je crois qu’ils sont fâchés, ils sont passés nous dire bonjour mais en te voyant arriver ils se
sont éloignés. Louise venait de lâcher ces quelques mots avec beaucoup de retenue. Elle semblait
craindre une réaction de colère de Raphaël.
Lui au contraire, sourit et ajouta :
- Ce n’est pas grave nous les retrouverons tout à l’heure. Et puis pour hier tout est de ma faute, j’irai
leur dire pardon.
Alors que Louise le regardait avec des yeux grossis par l’étonnement, Lucille s’approcha et entoura
ses petits bras autour de son camarade. Une action qui fit rougir l’intéressé. « Quelle belle
journée ! » pensa-t-il très fort.

Et pourtant, Raphaël était loin de se douter qu’il serait si difficile de renouer avec ses amis et de leur
demander pardon. Pas parce qu’il n’y arrivait pas, mais parce que de leur côté, Martin et son acolyte
Lucien firent tout ce qui était possible pour l’éviter. Tout d’abord ils entrèrent les premiers en classe
et s’attelèrent aussitôt à préparer leurs affaires pour la leçon à venir. Ensuite au moment de la
cantine ils coururent pour être parmi les premiers servis et allèrent s’asseoir à une autre table.
Raphaël ne se laissa pas envahir par la rancœur, la journée était encore longue, il trouverait bien une
occasion. Quand ce fut son tour d’être servi, il regarda le cuisinier et leva sa main pour limiter la
quantité de nourriture.
- Merci monsieur mais ça me suffit, il faut penser aux autres.
Encore une réflexion que ses petites camarades remarquèrent et qui provoqua sur leurs doux visages
de jolis sourires.

La journée était bien belle, mais Raphaël commençait à ressentir une pointe de déception. Lors de la
récréation du midi ni Lucien, ni Martin, ne se manifesta. Ils disparurent, certainement cachés dans
un recoin à ruminer une possible vengeance suite à son comportement de la veille. L’après-midi vit
se dérouler une longue séance de sport, et comme d’habitude Raphaël se précipita sur le terrain de
football. Là au moins il pourrait voir ses amis et leur parler. Mais, encore une fois, rien ne se passa
comme il le désirait, les deux autres garçons venaient de changer leurs habitudes et se retrouvèrent
sur le petit terrain de basket, un sport que soi-disant ils détestaient.

Raphaël s’était donné une mission et il était hors de question qu’il échoue. Jusqu’à présent tout
avait très bien fonctionné et même Mme Leroy lui avait, avec une grande surprise, octroyé un bon
point suite à sa belle participation sur la leçon d’histoire. Alors, juste après la fin du sport, il courut
pour se changer et alla se poster devant la grille de la sortie. De l’autre côté Papy Octave l’attendait
tranquillement. Et quand la sonnerie retentit, il lui lança :
- Un instant Papy j’ai encore quelque chose à faire.

Il fit en sorte de se cacher derrière la silhouette de la maîtresse et patienta jusqu’à ce que Martin et
Lucien apparaissent. Il était évident qu’ils avaient fait exprès d’attendre plus longtemps que de
coutume dans le couloir et semblaient heureux de leur coup. Juste au moment où ils s’apprêtaient à
franchir le portail, Raphaël déboucha de sa cachette et se planta devant eux. Martin prit
immédiatement une position de défense en faisant un regard méchant pendant que le petit Lucien se
faufilait derrière.
- Qu’est-ce que tu veux encore ? Demanda Martin d’un ton si sec que l’attention de Mme Leroy fût
aussitôt attirée. Le regard haut elle attendit la réaction de Raphaël prête à le sermonner. Mais ce qui
se passa alors la stupéfia. Raphaël, loin de s’énerver, garda ses mains dans ses poches et le regard
tirant vers le sol en gravillon se fendit de mots qu’il avait tournés et retournés dans sa tête toute la
journée.
- Pardon les gars ! À demain. Puis il se retourna et alla rejoindre Papy Octave sans se retourner.
Voilà, sa mission avait été menée à son terme. Il n’aperçut pas ses deux copains se faire face le
regard vide et les mains ballantes, ils n’avaient rien compris à ce qui venait de se passer, Raph le
dur qui s’excusait, un vrai miracle.
Mme Leroy, quant à elle, suivit d’un regard bienveillant le grand-père et son petit-fils qui
s’éloignaient tranquillement dans l’allée bordée d’arbres dont les dernières feuilles dorées se
détachaient pour venir finir leur vie au sol.

Papy Octave était fier de ce qu’il venait de voir, son petit-fils capable de faire des excuses sans y
être forcé, qui l’aurait cru quelques jours auparavant. Les choses commençaient à prendre forme.
Le soir venu, quand Raphaël ouvrit le livre à une nouvelle page, son regard se posa sur les quatre
mots inscrits en son centre d’une écriture souple et agréable à regarder : « Il était une fois… ». Il le
posa délicatement sur la couette et « flop » un nuage de fumée fit apparaître Maître Chritil bien calé
au creux du ventre doux et moelleux de Teddy, l’ourson fétiche de Raphaël.

- Bonsoir mon petit, chut, écoute : Il était une fois, il y a bien longtemps, dans un pays si éloigné
qu’il a certainement disparu depuis, deux petits rats gris. Ils étaient frères et se ressemblaient
comme deux gouttes d’eau. Une chose tout à fait normale car ils étaient nés jumeaux. Nous les
appellerons Ratus et Ratitus. Ils vivaient avec leur famille dans une agréable bouche d’égout dans
une banlieue chic de la capitale Ratajmanpur. Ils ne manquaient de rien, la nourriture tombait en
abondance depuis un long tuyau gris foncé. Leur ressemblance était telle qu’il était impossible à
quiconque de savoir qui était qui. Une particularité que Ratus aimait mettre à profil pour jouer des
tours. Leurs parents se trouvaient à chaque fois devant un gros dilemme, qui punir, Ratus ou
Ratitus. En effet, Ratitus qui aimait son frère plus que tout n’aurait jamais rien dit qui puisse lui
porter préjudice. Ils grandirent ainsi esquivant une grande partie des sanctions ou les partageant
dans un amour fraternel. Leur vie aurait pu se poursuivre longtemps comme ça si un jour l’accident
n’était pas intervenu. Ils avaient une bonne taille maintenant et s’amusaient tous les jours à
parcourir les nombreux conduits des égouts pour découvrir toujours plus de choses du monde
extérieur. Avec les deux frères, traînait souvent une copine, Ratounette. Les jumeaux en étaient tous
les deux amoureux et rivalisaient d’idées farfelues pour l’épater. Un jour au cours d’une de leurs
expéditions ils tombèrent sur une trappe dans un secteur qu’ils n’avaient jamais exploré car interdit
d’accès par leurs aînés. Les deux frères se précipitèrent dessus pour tenter de l’ouvrir. Il se passa
alors un évènement tout à fait inattendu. La trappe faite d’un bois gorgé d’eau ne résista pas
longtemps aux tractions des frères rats. Quand cela arriva, le bruit fut si fort et si horrible que la
communauté des rats de Ratajmanpur Nord crut à un cataclysme. Des tonnes d’eau se mirent à
dévaler les dédales de tuyau nettoyant tout sur leur passage. Ratus et Ratitus restèrent longtemps
agrippés aux restes du couvercle de la trappe. Par contre Ratounette, tel un fétu de paille, dévala les
diverses pentes au point de se retrouver au plus bas des égouts flottant mollement à quelques
centimètres au-dessus du sol. Tout autour d’elle les adultes s’étaient regroupés la dardant de regards
réprobateurs et accusateurs. Il apparaissait inévitable qu’elle allait passer un sale moment.

Heureusement pour elle, accompagnés de deux grands « ploufs » les jumeaux atterrirent peu après
au même endroit. Ils virent l’assemblée les toiser et de concert s’écrièrent :
- Je vous jure, ils n’ont rien à voir dans tout ceci, je suis le seul responsable !
Le père des deux frères, qui était également le chef de la communauté, s’avança les regarda et
demanda :
- Et donc lequel de vous deux dois-je croire ?
- Moi ! Répondirent-ils encore d’une seule voix.
- Nommez-vous ! Cria le patriarche en colère.
Et là, tous entendirent fondre la réponse commune des jumeaux :
- Moi Ratitus !
Ils se regardèrent avec étonnement sans pouvoir ajouter rien de plus. L’un des deux, Ratus pour ne
pas le nommer mentait, mais lequel était-il ? Réfléchis bien à cela Raphaël !
Le petit Blench se tut laissant le garçon dans une grande réflexion.

- Mais que leur est-il arrivé ? Qui a été puni ?
- Les deux, ils ont dû, tout remettre en ordre ensemble ! Et on a été privés de sorties pendant de
longues semaines.
- Mais ce n’est pas juste pour Ratitus !
- Je sais mais c’est comme ça, l’un a choisi la voie du mensonge et de la fourberie quand l’autre
empruntait le bon chemin.
Maître Chritil se leva et avant que Raphaël ne puisse dire un mot il s’évanouit dans une sorte de
vapeur non sans lui dire :
- Et toi Raphaël quelle aurait été ta route ?...