Lundi 05 décembre

Lundi 05 décembre

Raphaël et Le bon chemin

Un conte écrit et illustré par Stéphane Hamard
Au petit matin, lorsqu’il se réveilla, Raphaël fut surpris de voir qu’il tenait encore dans ses mains,
bien serré, le vieux livre. Il se fit la réflexion qu’il était pourtant certain de l’avoir lancé sur le
bureau avant de s’endormir mais il n’eut pas le temps de s’interroger, il fallait se lever et se préparer
pour l’école.

Lorsqu’un peu plus tard, il sortit de chez lui accompagné de Papy Octave, la première personne
qu’il vit fut Lucille qui se précipitait vers lui en criant. Au départ il ne comprit rien, puis il l’entendit
distinctement.
- Raph, Raph, tu m’as porté chance ! Capucine a refait surface, ce matin elle était allongée sur le bas
de mon lit. Je suis trop contente !

Tout en se rendant à l’école le garçonnet commença à se demander si ce qu’il avait fait avec le livre
avait eu une incidence sur cette réapparition. C’est son grand-père qui l’interrompit :
- Raphaël, ohé jeune homme, tu m’écoutes ?
- Hein euh oui Papy, quoi ?
- Je te disais simplement que je viendrai te chercher cette après-midi. Allez oust filez tous les deux.

L’instant suivant, les cinq étaient de nouveau réunis et échangeaient sur la disparition mystérieuse
de Capucine.
- Bah elle devait être coincée dans un placard, dit Martin toujours prompt à donner son avis.
- Mais non je te promets j’ai cherché partout, elle n’était pas dans la maison.
Louise qui écoutait sagement dans son coin se permit d’ajouter son point de vue.
- Lucille, c’est peut-être tes parents qui l’ont entendue et l’ont fait rentrer.
- Je ne sais pas, aucun d’eux ne m’a rien dit.
C’est à ce moment précis que Raphaël décida d’intervenir pour attirer l’attention.
- Moi je sais pourquoi elle est revenue !
- Ah ouais, tu en sais des choses toi ! Lui lança Lucien en riant.
- Oui je sais, c’est grâce à mon intervention.
Mais, avant qu’il ne puisse parler du vieux livre, la sonnerie retentit et Lucille mit fin au sujet en
indiquant à ses amis :
- Oui, Raph m’a porté chance, il m’a dit hier en fin de journée de ne pas m’inquiéter car Capucine
allait revenir et elle est revenue.

La matinée se passa sans aucun problème, tous les élèves étant concentrés sur les différents
exercices remis pas Mme Leroy. La pression redescendit à la pause du midi lorsque tout le monde
prit la direction de la cantine. Bien entendu nos cinq compères se retrouvèrent comme d’habitude à
la même table. Les garçons qui avaient toujours quelques idées farfelues en tête commencèrent à
s’aguicher sur différents sujets sans importance, au point que Martin finit par attraper quelques
petits pois avec sa cuillère et les projeta en direction de Raphaël. Surpris par ce tir impromptu ce
dernier se leva le regard noir. Pointant le doigt en direction de son camarade il menaça de lui écraser
sa mousse au chocolat sur la tête. Pas de chance pour lui Mme Leroy venait juste de passer à côté de
la table. Elle se tourna vivement et l’attrapa par l’épaule.
- Raphaël ! Ça suffit comme ça, il est temps d’arrêter de te faire remarquer, on ne menace personne
de la sorte, tu m’as bien comprise ?

Le regard pointé au sol, Raphaël n’en menait pas large, il venait de se faire prendre sur le fait et ne
pouvait pas dire grand-chose pour se défendre. Cependant il ne put lui échapper que Martin et
Lucien riaient comme des fous en se moquant de lui. C’en était trop, à peine relâché il prit
violemment son plateau et quitta la salle. Rancunier, il refusa tout contact avec eux pendant le reste
de la journée scolaire.
 
Lorsque Papy Octave vint le chercher il ne dit au revoir qu’aux deux fillettes et ne jeta aucun regard
en direction des deux garçons qui semblaient toujours aussi fiers d’eux. Raphaël fulminait mais
d’un coup son attention fut attirée par autre chose.
- Bonsoir Monsieur, je suppose que vous êtes le grand-père de ce jeune garnement ? Je me présente
Mme Leroy.
- Bonsoir Madame, effectivement j’ai la fierté d’être le papy de Raphaël. Mais pourquoi donc jeune
garnement ?
- Je suis sa maîtresse et j’ai déjà fait savoir à ses parents que son comportement laissait à désirer ces
derniers temps. Pour preuve, aujourd’hui notre jeune élève n’a rien trouvé d’autre que de menacer
un de ses camarades de lui écraser une mousse au chocolat sur la tête. Je suis intervenue juste à
temps je pense.
- Ne vous inquiétez pas je vais avoir une discussion avec lui et j’en ferai part à ses parents. Au
revoir Mme Leroy.

Sur le chemin du retour ils n’échangèrent aucun mot. Papy Octave attendait patiemment que son
petit-fils prenne l’initiative et cela arriva juste avant d’arriver à la maison.
- Papy, il ne faut pas croire ce qu’à dit la maîtresse ! C’est Martin qui avait commencé en lançant
des petits pois.
- Hum, vous êtes tous les mêmes, rien ne change, déjà lorsque j’étais enfant nous faisions les
mêmes bêtises.
- Quoi ? ! Tu l’as fait toi aussi ?
- Bien sûr bonhomme mais on restait discrets pour ne pas se faire prendre. Qu’est ce qui t’a pris de
t’énerver comme ça ?
- Je ne sais pas, ce sont les autres ils font tout pour m’énerver depuis Halloween.
- Ah encore ce fameux épisode ! Ne peux-tu pas oublier tout cela ?
- Non ! Je t’ai déjà dit que c’est moi qui avais raison et je ne vois pas pourquoi je devrais laisser
simplement passer, ce n’est pas normal.
- J’espère que tu te rends compte, qu’en restant sur cet avis, c’est toi que tu punis.
- Pff ce n’est vraiment pas juste, chuchota Raphaël et entrant dans la cuisine où se trouvait Lisa.
Psst Papy, ne lui dis rien sinon ça va encore être ma fête.
Le regard tendre de papy Octave se posa sur lui et il perçut le rapide clin d’œil d’acquiescement.

Le soir même au moment du dîner une petite boule de mie de pain atterrit dans le verre de Raphaël,
il releva la tête avec des éclairs dans les yeux, devant lui Papy Octave le regardait avec une pointe
d’amusement.
- Non, pas de ça ici, on ne joue pas avec la nourriture et ce n’est pas un exemple à donner à ton
petit-fils !
Devant la réflexion de Lisa, Papy Octave joignit les mains la priant de ne pas le disputer. Devant
cette attitude de clown tout le monde se mit à rire.

C’est donc plein de bonne humeur que le petit gars prit la direction de sa chambre après avoir
souhaité une bonne nuit aux adultes. Une fois enfilé son pyjama bleu il se mit en quête du vieux
livre qui commençait à l’intriguer fortement.

- Ah te voici ! S’écria-t-il en le trouvant sous une pile de feuilles. Secrètement il espérait avoir des
réponses à ces questions dont une en particulier, sa demande concernant Capucine avait-elle été
prise en compte au point de faire reparaître le petit félin.

Sans s’en rendre compte il épousseta la couverture avant de l’ouvrir avec douceur. Il se sentit
aussitôt envahi par un grand calme. Il retenta la prise de contact avec Maître Chritil en regardant
fixement sa page mais toujours aussi vainement.

Raphaël ne comprenait pas, d’un côté il tentait de se raisonner en se disant que cela ne pouvait pas
exister et d’un autre il n’avait qu’une envie, d’y croire dur comme fer. De nombreuses minutes
s’écoulèrent ainsi sans qu’il ne bouge. Puis pris d’une irrésistible envie il poursuivit son exploration
du volume. 

Bizarre, cette nouvelle page était toute foncée avec en son centre un rond blanchâtre. Il avança
prudemment son index vers ce rond en prenant bien soin de ne pas le toucher, il se mit à en faire le
contour, il n’était pas si net que cela et, le blanc s’obscurcissait peu à peu pour se fondre dans la
noirceur environnante. Mais que cela pouvait-il bien signifier ? Une question qui telle une spirale
tournoyait progressivement dans son esprit. « Non ! Pas ça ! Ma tête tourne de plus en plus vite ! ». 
Alors qu’il voulut se prendre le crâne entre les mains, seule l’une d’elles répondit à sa demande,
l’autre, celle dont l’index pointait le centre de la page, progressait inexorablement vers le trou
blanchâtre. Jusqu’au moment ou « floc », il se sentit aspiré dans le vide, tout doucement comme
planant sur une espèce de nuage de coton. Comme c’était agréable comme sensation. Il se laissa
aller sans plus se poser de question. Ce vol imaginaire ne montrait pas de fin possible, Raphaël était
heureux, il planait comme un oiseau. Ce bien être finit par le lasser et par sa simple volonté il
réussit à se poser sur ce nuage mystérieux. L’espace précédemment si immense s’était soudain
restreint au point qu’il se sentit comme prisonnier. Bougeant les bras dans tous les sens il s’étonna
de rencontrer une certaine résistance et quelque chose qui lui collait les doigts. Par réflexe il les
approcha de son visage, les huma sans trouver d’odeur particulière puis les lécha. « Miam, comme
c’est bon ça ! C’est doux et sucré » se dit-il soudain. Pris d’une vague de courage il progressa vers
l’obscurité, celle qui entourait le centre immaculé. Plus il s’en rapprochait, plus le goût devenait
irrésistible. « Oui je sais ce que c’est ! C’est comme un chocolat fabuleusement bon. J’adore ça ! ».
Tel un petit nageur il ramenait les bras vers lui puis les renvoyait attraper encore plus de matière. Il
baignait dans un océan de chocolat ni trop sucré ni trop amer. Ce moment était comme une bulle de
bonheur et il voulait en profiter le plus possible.
Et pourtant...