Dimanche 04 décembre
Raphaël et Le bon chemin

Il n’en crut pas ses yeux ! C’est… Il n’y a pas de mot pour le décrire, c’est un rêve ! Là juste devant Raphaël un véritable miracle prenait vie. Imaginez un espace immense couvert de rayonnage portant chacun des milliers de… Jouets ! Tout d’abord planté sans réaction devant l’entrebâillement de la porte Raphaël se décida enfin à faire un pas vers l’avant. Un regard à droite, puis un à gauche, personne ne surveillait pas. Cela allait être d’une facilité déconcertante. Il allait pouvoir se servir et prendre exactement ce qu’il voulait. Mais avant tout il fallait trouver de quoi transporter sa récolte. À peine cette idée venait-elle de lui frôler l’esprit qu’un caddie se présentait devant lui. « Trop cool ce magasin ! En route mon bonhomme tu as du pain sur la planche » se dit-il confiant. Il y avait vraiment de tout, s’il avait pu il aurait mis sa tête à tourner comme une girouette pour tout embrasser d’un seul regard. Il y avait toute sorte de véhicules et même les tout derniers buggys radio commandés, là des « Transformers », un peu plus loin arrivait l’espace construction avec toutes sortes de briques de toutes les couleurs, des plots, des plaques métalliques, des écrous et des vis. Oh oui ça, c’était pour lui les tout derniers rollers avec les roues qui s’illuminent en fonction de la vitesse. « Waouh c’est un paradis cette boutique, il faudra que je la montre à papa » pensa Raphaël qui tout en cheminant dans les rayons remplissait son caddie. Sans qu’il ne s’en rendît compte il finit par se retrouver dans une sorte de goulot au bout duquel trônait une caisse enregistreuse. Juste derrière, un bonhomme ventripotent attendait avec impatience voyant l’énorme caddie qui avançait. C’est là qu’il comprit que les choses allaient fortement se compliquer. Oui, Raph savait déjà qu’il ne pourrait jamais payer pour acheter le moindre jouet, alors il prit sa décision. Resserrant les cordons de la capuche de son vêtement il fit un demi-tour serré dans le goulot et reprit les rayons à contresens pour retrouver la porte par laquelle il était entré. Très vite il remarqua que dans sa précipitation à tout découvrir il avait oublié de repérer sa route et ne savait plus par où tourner. Qu’à cela ne tienne, le garçon était bien décidé à prendre la poudre d’escampette les poches pleines de jouets. Mais c’était sans compter sur un étonnant système antivol. Jamais de toute sa petite vie il n’avait entendu parler d’une chose pareille. Plus il avançait plus les rayons paraissaient se rapprocher. Au point qu’en quelques minutes, seule la largeur du caddie empêcha le chemin de se fermer. Raph pu constater qu’il pouvait toucher les deux côtés sans même avoir à étirer les bras. Mais, alors qu’il le faisait pour jauger l’espace restant, une catastrophe se produisit. « Aie ça fait mal ! Lâchez-moi, vous n’avez pas le droit et de toute façon vous ne pouvez pas, ça n’existe pas ! ». Tout autour de lui les jouets semblaient prendre vie, les plus gros tentaient de lui attraper les mains et les bras et même les jambes au point qu’il faillit trébucher. « Non, au secours, aidez-moi ! » cria-t-il si fort qu’il eut l’impression que ses poumons s’enflammaient. C’est à ce moment-là qu’il apparut, là juste devant, assis sur la barre du caddie à jouer les équilibristes. - Et bien, petit voleur, tu t’es mis dans une drôle de situation ! La voix de Maître Chritil était vraiment moqueuse mais cela importait peu Raphaël. Il voulait se sortir de là au plus vite. - Oui et bien faites quelque chose, ça ne peut plus durer, ils me font mal ! - Mais tu es le seul qui puisse agir ici. Je ne suis là que parce que tu m’as appelé mais d’après ce que je vois tu n’es pas dans le bon sens, il te faut repartir vers la caisse. - Vous êtes bêtes ou quoi ? ! Je n’ai pas d’argent, comment je pourrais passer cet obstacle. - Raphaël, ne sois pas si têtu, lança à haute voix le petit Blench. - Chut ! Taisez-vous, personne ne me connaît et avec la capuche on ne pourra pas me reconnaître. Je veux juste que vous me fassiez sortir de là, ce n’est pas compliqué ! - Mais je viens de te dire que ta seule issue est la caisse. Si tu n’as pas de quoi acquitter ce que tu dois et bien laisse tout, c’est aussi simple que ça. - Ah non ! Pas question, je ne vais pas me faire avoir une fois de plus ! Je vais réussir avec ou sans vous ! Hurla Raphaël en poussant fortement sur le caddie pour forcer le passage. C’est là que tout dérapa. Le plan si bien huilé du petit voleur partit en vrille. En précipitant son avancée, le garçon venait de déstabiliser la précieuse cathédrale de jouets. En un instant tout ce dont il avait envie et bien plus encore s’abattit sur lui, sans comprendre comment il était englué dans une montagne de jouets et avait beau se débattre dans tous les sens rien ne se passait. Il allait finir englouti dans un océan de bateaux, voitures, petits soldats et tant d’autres choses encore. C’était la fin, jamais il ne reverrait ses parents, son grand-père, ses amis ! « Maman au secours ! » cria-t-il dans un dernier espoir. Mais sa voix fut couverte par un bruit plus fort encore, suivi par… La voix douce de Lisa ! - Mais mon chéri, que fais-tu comme ça ? Que t’est-il arrivé mon pauvre enfant ? Raphaël ouvrit les yeux et aperçu le visage rassurant de sa maman qui se penchait vers lui. Mais, ouille, une multitude de choses lui piquait le dos et les flancs. Un regard à droite puis un autre à gauche, non ce n’était pas possible ! Il n’avait pas fait ça quand même ! Il s’en serrait rendu compte ! - Raphaël quelle drôle d’idée que de t’endormir dans ta malle à jouets, regarde comme tu es plié dans tous les sens. Allez, sors de là et va te coucher dans ton lit mon petit aventurier. Et l’aidant à sortir de la malle et le poussant vers le lit douillet elle attrapa le vieux livre qui gisait sur le sol et le referma doucement. Bien entendu, le lendemain matin Raphaël eut droit à un grand moment de solitude, le rouge lui monta littéralement aux joues quand Lisa expliqua à tout le monde comment en pleine nuit elle avait retrouvé son fils, avec juste la tête qui émergeait du coffre à jouets. - En voilà une drôle de façon de dormir mon petit ! Ajouta Papy Octave tout souriant. - Oh ça va ce n’est pas drôle ! Ça arrive à tout le monde de faire des cauchemars. Je crois que je vais trop à l’école et c’est pour ça que je suis fatigué, voilà ! Vexé à l’extrême, Raphaël laissa chacun vaquer à ses occupations en ce dimanche matin. De toute façon il voulait être seul pour réfléchir. Pourquoi depuis quelques jours ne faisait-il que des rêves bizarres ? Il eut beau tourner cette question dans tous les sens possibles, aucune réponse ne vint le satisfaire. Cependant toujours perclus de rancœurs il prit une décision radicale, hors de question d’être agréable et gentil de toute la journée, voilà quel serait le châtiment pour les moqueries dont il venait de faire les frais. Le destin l’aida dans l’exécution de ce plan. En début d’après-midi la sonnerie de la porte d’entrée retentit, c’était Lucille qui venait voir si Raphaël pouvait sortir jouer avec elle. Pierre se fit le relais de cette demande que le garçon ne manqua pas d’honorer. Il ne lui fallut pas longtemps pour voir que quelque chose n’allait pas et dès qu’ils furent seuls dans le jardin il questionna son amie. - Lucille, je vois bien que tu as un souci alors dis-moi, tout ! - Non je ne veux pas t’embêter avec mes problèmes. - Oh arrête ! Je veux savoir ! Renchérit-il sèchement - Bon d’accord, j’ai perdu capucine et mes parents ne font rien pour la retrouver. - Comment ça, perdue ? Elle n’a pourtant pas l’habitude de sortir de chez vous. - C’est vrai mais j’ai cherché partout sans la trouver. J’ai demandé à maman de m’aider mais elle m’a dit que ce n’était qu’un chat et qu’elle devait faire sa vie. Je ne comprends plus rien, avant, papa et maman auraient tout fait pour m’aider et là rien, en plus ils ne s’adressent plus la parole que pour s’énerver. C’est difficile tu sais. - On va trouver une solution. Veux-tu que l’on aille chez toi pour la chercher. - Non Raph, c’est gentil mais là j’ai plutôt envie que l’on s’amuse ensemble. - OK, comme tu veux. Ils restèrent ensemble et s’amusèrent la plus grande partie de l’après-midi ce qui sembla faire énormément de bien à la petite Lucille qui retrouva vite son sourire attendrissant. Et, quand vint l’heure de se séparer, Raphaël lui lança des mots rassurant. - Lucille on se voit demain matin et je suis certain que Capucine va revenir, tu sais comme elle peut être chipie. – Merci Raph, à demain alors. Le reste de ce dimanche se déroula le plus simplement du monde et le moment venu comme chaque veille de jour de classe le garçon fut envoyé au lit, et pour une fois il ne discuta pas. Une idée lui titillait l’esprit. Quand enfin il se trouva bien calé dans son lit il attrapa le vieux livre de Papy Octave avec un but caché. Il l’ouvrit directement à la page de la châtaigne et se mit à parler doucement. - S’il vous plaît maître Chritil j’ai besoin de vous voir ! Rien ne se passa, il réessaya à plusieurs reprises sans plus de succès. Alors désabusé et pas réflexe il tourna les pages jusqu’à arriver à la nouvelle. Un seul signe était nettement visible au centre de celle-ci, un gros point d’interrogation noir, légèrement joufflu. - Ahah c’est drôle ! Lâcha Raphaël ironiquement. Je cherche des réponses et je ne vois qu’un point d’interrogation, très drôle ! Ce fut le petit Blench qui lui répondit d’une voix fluette. - Hello, toujours aussi borné ? - Stop je ne suis pas là pour ça. - Et pourquoi donc serais-tu là ? En voici une bonne question. - Justement en parlant de questions, j’en ai plein et tout ce que je trouve c’est ce gros point d’interrogation ! Je ne vais pas avancer avec ça. - Chut, attention à ce que tu dis, je crois savoir qu’il est très susceptible mais vas y pose lui ta question. - Euh mais laquelle, j’en ai plein ? - Ah non, à ce jeu tu n’as droit qu’à une seule demande, alors ne te trompe pas. Allez, je te laisse avec lui. « Pouf » un nuage de fumée, et : le petit Blench disparut comme par enchantement. - Et me voici réduit à parler à une ponctuation mais où suis-je ? Une grosse voix lui répondit. - Est-ce là ta question ? - Hein euh non pas du tout, mais qui êtes-vous ? Répondit-il au point d’interrogation. - Alors la voici cette fameuse question ! - Non, non et non, ça, je le sais ce n’était qu’une simple réflexion de ma part. - Bon et bien je t’écoute mais ne tarde pas, je me sens très fatigué. Raphaël commença à réfléchir, il aurait eu temps de choses à demander. Mais il devait faire un tri rapide. - Allez vite j’attends ! - Oui minute, je ne veux pas me tromper. Donc ma question est la suivante, où est Capucine ? - Mais qui est Capucine, est-ce une de ces jolies fleurs ou encore une petite camarade ? - Oh mais arrêtez, je viens de poser ma question et j’exige une réponse, c’est important. - Il y a plein de Capucine dans le monde et là je suis un peu perdu pour te donner une réponse précise. Il fallait être plus perspicace dans ta question jeune garçon. - Pff comme tout ce que je trouve dans ce livre vous n’êtes bon à rien ! La colère commençait à se frayer un passage et Raphaël avait du mal à rester calme. Je crois bien que je vais faire un malheur ! - Oh doucement, la colère est souvent mauvaise conseillère. Et puis qui que soit Capucine n’ai crainte, elle est là où elle doit être, ni plus ni moins. Ne t’inquiète pas, tout est en ordre. C’en était trop, rouge de colère, Raphaël sentait ses mains se crisper sur la couverture du livre et n’y tenant plus, d’un geste brusque, il le ferma et le lança sur son bureau. Aussitôt fait, il attrapa la couette et s’en recouvrit comme pour cacher sa déception