Samedi 03 décembre
Raphaël et Le bon chemin

Tout d’abord aveuglé par la luminosité, Raphaël distingua peu à peu l’environnement dans lequel il venait d’être projeté. Il était debout au milieu d’une salle, devant lui un pupitre en bois clair et, plus loin devant, une silhouette assise derrière un grand bureau. Après quelques secondes il se rendit compte de la présence d’autres silhouettes sombre de part et d’autre de la précédente. Secouant la tête pour reprendre ses esprits il constata à ses côtés, sur la gauche, la présence de Maître Chritil, droit comme la justice. Dans la salle plus personne ne parlait. - Mesdames, Messieurs, commençons ! Aujourd’hui troisième jour de décembre nous allons étudier le cas particulier de sieur Raphaël. Accusé, présentez-vous ! Le garçon resta planté sans rien dire, sa bouche entrouverte par la stupeur. Enfin il ressentit les petits coups que lui donnait son acolyte. - Vas-y, parle mais soit bref. - Euh oui, ben je m’appelle Raphaël, je vais encore à l’école et je ne comprends pas ce que je fais là. La voix grave le coupa sèchement. - Jeune homme, vous êtes ici présent pour défendre votre cause. Si tel n’est pas le cas nous n’avons rien à faire ensemble ! On ne dérange pas les juges pour rien sachez-le. On vous écoute, nous attendons vos explications sur le courrier que vous avez rédigé à l’attention du Père Noël. - Ah c’est ça ! Euh comment vous dire, hésita un instant notre jeune accusé, déjà je ne comprends pas pourquoi on m’accuse d’avoir fait cette lettre, de toute façon on m’accuse toujours. C’est pour ça que j’ai voulu donner les bonnes explications au Père Noël, il fallait qu’il connaisse la vérité. - Vous voulez dire votre vérité plutôt que celle des autres, ajouta le juge. - Si vous voulez. Mais je n’avais rien fait de grave. Quand il y a eu Halloween j’étais avec mes amis et nous avons récupéré des bonbons mais à part Lucille, j’étais le seul à avoir fait des efforts sur le déguisement, Louise, Lucien et Martin étaient déguisés comme l’année dernière et donc il était normal qu’on nous récompense plus pour l’effort que nous avions fait. Mais les autres n’étaient pas d’accord et se sont mis à crier. Mais moi je ne voulais pas lâcher le sac de bonbons. Pour ça j’ai été déjà été puni alors que ce n’est pas normal, voilà vous savez tout. - Vous avez écrit, si je lis bien, oh que de fautes ! Donc vous demandez au Père Noël de ne pas lire le courrier que vos parents ont envoyé pour indiquer que vous ne deviez rien avoir à la Noël, c’est bien ça ? - Oui c’est ça ! Je ne vois pas ce que j’ai fait de mal. - Mais d’un autre côté nous avons connaissance de vos paroles, « Noël, ce n’est pas grave ! De toute façon je ne crois pas au père Noël, c’est juste une légende », Alors pourquoi lui écrire ? - Oh maintenant ça suffit ! Ça me regarde, un point c’est tout ! Aie ! Raphaël venait d’être interrompu par une vive piqûre lancée par Maître Chritil qui le regardait avec un air de réprimande. - Tais-toi maintenant, tu en as assez dit, il va falloir que je rattrape la situation sinon tu es mal. Puis s’adressant aux juges, le petit Blench se lança dans une sorte de plaidoirie. « Mesdames, Messieurs les juges, ne vous offusquez pas des paroles vives de mon petit client. Oui bien sûr c’est un garnement qui ne pense qu’à lui en ce moment. Il ne voit pas ce qui se passe autour de lui et s’obstine à fermer les yeux et le cœur aux autres. Il ne cesse de rester dans sa position, il est un vrai petit Caliméro je le conçois. Je sais que malgré tout il a bon fond, mais il a besoin d’être orienté, ne soyez pas trop durs avec lui je vous en prie, aidons-le à trouver le bon chemin ! ». Cette tirade laissa la place à un silence pesant. Les juges semblaient se concerter, ils s’étaient tous regroupés autour de celui qui seul avait pris la parole. Les minutes s’égrainaient plus doucement encore que d’habitude, quand cela allait-il finir. Et puis Raphaël en avait assez de porter cette espèce de coquille d’œuf sur la tête de quoi avait-il l’air. Puis soudain tous se remirent en place et le juge du milieu se racla la gorge avant de parler. - La cour a décidé ! L’accusé aura droit à un délai supplémentaire pour trouver le bon chemin. Nous lui laissons encore vingt et un jours, pas un de plus ! Et d’un ample mouvement il lança une espèce de marteau contre le plat de son bureau, « Pong ». « Pong, pong, pong » le même son résonnait dans la tête de Raphaël, mais pourquoi cela ne s’arrêtait pas ? Quand soudain, il entendit la porte de sa chambre s’ouvrir. Les yeux à peine ouverts il vit entrer Papy Octave. - Allez debout jeune homme, voilà déjà cinq minutes que je frappe à ta porte, une grande journée se présente à nous. Mais que fais-tu, allongé sur le tapis, ne me dis pas que tu t’es endormi là. - Hein, ouille, je crois bien que si, répondit Raphaël qui tentait de se lever en s’accrochant à son lit. Ouf, se dit-il, rien qu’un rêve de plus ou un cauchemar à vrai dire. Instinctivement ses mains montèrent tâter son crâne où, à son grand soulagement, ne trônait aucune coquille d’œuf. La matinée déjà bien entamée passa à une vitesse étonnante. Raphaël voulait montrer tout ce qu’il avait de nouveau à son grand-père, ainsi furent sortis de nombreux jouets, des robots voitures, des avions de guerre, des répliques de héros, il fallut même tester le tout dernier ballon de football aux couleurs de l’équipe de France. Papy Octave jouait le jeu autant que le permettait son état physique. - Papy, papy encore, tu n’as pas vu comment je me débrouille avec le vélo ! - Doucement Raphaël, je ne suis plus tout jeune et il faut que je me repose un peu. Et puis c’est déjà l’heure du déjeuner, viens allons manger, je crois que nous avons des nuggets et de la salade. - Bon d’accord, lâcha Raphaël un peu déçu. Mais cet après-midi je te montre le vélo et ensuite on peut aller faire un tour. - On verra, en route moussaillon. Alors que le garçon venait d’ingurgiter son déjeuner il se leva d’un coup et attrapa le bras de son aïeul. - Popopo on va commencer par une petite sieste jeune homme, c’est un passage obligatoire pour moi. Sinon je vais être de mauvaise humeur. Les propos de Papy Octave ne laissaient pas de place à la protestation et Raph se vit obligé d’attendre. Impatient, il tournait et virait dans tous les sens, il alla dans le garage et en sortit son vélo, un VTT bleu marine. Après une vingtaine de minutes il ne tenait plus et se précipita dans le salon où il s’assura que l’heure du repos était passée. - Allez Papy on y va ! Se levant doucement, et étirant chacun de ses membres, le grand-père suivit, non sans bougonner, le petit garnement. Aussitôt ce dernier grimpa sur son vélo et commença à faire de grands huit sur la pelouse du jardin avant de multiplier les accélérations. - Tu as vu Papy je suis fort maintenant ! Je suis grand et je peux aller vite. - Je vois, ça change de l’année dernière c’est vrai. Mais si tu veux qu’on aille se promener il est grand temps d’aller récupérer ton blouson. - Ouais super ! Je sais où on va aller ! Mais avant même que le grand-père ait pu le questionner, Raphaël s’était déjà précipité à l’intérieur et moins de deux minutes plus tard il était là prêt à partir en balade. Et une fois dans la rue c’est lui qui prit la direction des opérations. Il avait déjà son itinéraire bien en tête et une stratégie à toute épreuve. - Viens Papy on va aller vers l’école et ensuite on ira voir les magasins. Il fallut tout le flegme de Papy Octave pour maîtriser la situation et rappeler le petit bolide sur patte à un certain calme. - Raphaël doucement sinon on rentre. Je ne veux pas te perdre de vue et tu restes bien sur le trottoir. - Bon d’accord Papy. Et étonnamment il se mit à obéir, une attitude qui surprit son grand-père. Tout ne semblait pas perdu, il allait réussir à calmer ce petit ouragan avant la fin de l’année. - Papy ! Papy ! Tu as vu, le magasin de jouets est ouvert ! On y va ! - Ah ça non ! Pas question que je t’achète quoi que ce soit, j’ai fait une promesse à tes parents et je vais la tenir. - Quoi ? Qu’est-ce que tu as promis ? - Ils m’ont demandé de ne surtout pas t’acheter de nouveaux jouets, je pense que ça fait partie de ta punition. Si tu n’es pas d’accord tu verras avec eux. Raphaël se redressa sur toute sa hauteur, le regard sombre il fixait son grand-père comme si ce dernier était un traître. Puis voyant qu’il ne pourrait le faire fléchir il décida de faire la tête. - Si tout le monde se met contre moi je ne vois pas pourquoi je ferai des efforts ! Accompagnant ses mots de gestes colériques il attrapa la capuche de son blouson et ajouta à voix basse : « De toute façon si je veux j’ai tous les jouets que je désire, caché derrière ma capuche je peux tout voler dans le magasin ! ». - Raphaël, j’espère que j’ai mal entendu ! Gronda Papy Octave. Puisque c’est comme ça, on rentre ! Sur le chemin du retour aucun mot ne fut échangé mais Raphaël commençait à avoir peur que ses parents soient mis au courant. Il fila droit le reste de la journée et souffla quand enfin arriva l’heure d’aller se coucher sans qu’aucune nouvelle punition ne vienne l’assommer. Seul, bien calé contre son oreiller, il repensa à ce qu’il avait dit. En plus ce n’était pas faux, avec la capuche sur la tête, personne ne pouvait le reconnaître, là encore il n’avait dit que la vérité. Jamais il n’avait dit qu’il allait le faire alors pourquoi son grand-père avait-il réagi comme ça ? Après de longues minutes de réflexions il attrapa comme par réflexe le livre de Papy Octave et se mit à l’ouvrir, il passa rapidement les premières pages en s’arrêtant un instant sur celle qu’il appelait dans son for intérieur « face de châtaigne », mais rien ne changea. Enfin, il tourna une toute nouvelle page, là sur le papier blanc cassé semblait se dessiner une ombre, comme un personnage mais il ne pouvait l’identifier. Il se pencha en avant pour le regarder de plus près et là il eut l’impression d’être avalé par le dessin. En une fraction de seconde il se retrouva devant une porte mais aucune trace de la silhouette sombre. Où était-il ? Il avança prudemment vers la porte et se trouva devant une flaque d’eau, baissant la tête il rencontra furtivement son reflet. Il était habillé d’un jogging noir dont la capuche était rabattue sur sa tête. La curiosité étant trop forte il arriva vite devant la porte, prit la poignée dans sa main et la tourna. Elle n’était pas verrouillée et s’ouvrit sans un bruit. Devant les yeux ébahis du garçon se présenta alors un spectacle extraordinaire...