Jeudi 22 décembre
Raphaël et Le bon chemin

Raphaël ne comprenait pas vraiment la signification du nouveau dessin, en plus rien ne semblait se passer, il était toujours assis dans son lit, entouré de sa couette, le nez penché sur le livre. - Oh, j’apprécie ce geste mon garçon, c’est un très joli ange que tu m’as offert, je t’en remercie. La voix reconnaissable de Maître Chritil venait de voleter dans l’ambiance feutrée de la chambre. - Bonsoir Maître Chritil, je suis heureux qu’il vous plaise, j’y ai mis beaucoup de cœur et l’ai fait en pensant fortement à vous et à nos aventures. Je tenais à vous remercier pour tout ce que vous avez fait. Raphaël venait de se tourner et fixait maintenant l’intérieur de la petite maison qui venait une fois de plus de prendre vie. Là, au centre, devant la cheminée le petit Blench déambulait tranquillement en regardant le petit ange. - Ne me remercie pas mon garçon, tout ce qui a été accompli ne provient que de toi. C’est la force de l’esprit et le bon sens qui t’ont permis de retrouver « le bon chemin ». Et surtout n’oublie pas d’offrir l’autre ange à ton grand-père, celui lui fera du bien. - Mais Maître Chritil, comment connaissez-vous Papy Octave ? Une question que Raphaël souhaitait poser depuis un bon moment déjà. - Hum, eh bien je pense que je peux maintenant t’en parler, d’autant que c’est toi qui à partir de maintenant devras prendre soin de ce fabuleux livre. - Mais quel est le rapport entre le livre et Papy ? Je ne comprends rien… - Première question ; Qui t’a donné ce livre ? - Bon d’accord c’est lui. - Et d’où disait-il le tenir ? - Je crois qu’il m’a dit qu’il était dans la famille depuis très longtemps. - Exactement, ce livre vous accompagne et vous aide à retrouver « Le bon chemin ». Ton grand-père s’en est bien occupé, longtemps il a pu le feuilleter. Encore ces dernières années il s’y plongeait régulièrement mais maintenant il va lui falloir autre chose et ton ange est le présent approprié. Raphaël regardait le petit Blench qui semblait ne pas faire plus attention que ça à son air interrogateur. Le petit être rejoignit tranquillement son fauteuil où il se vautra et ajouta : Quand tu lui donneras l’ange, dis-lui bien ces mots, « foi de Chritil, cela l’aidera à garder le lien si précieux qui le porte chaque jour ». - Pff, vous et vos énigmes, vous me faites tourner la tête ! - Les anges sont des messagers Raphaël, ils portent les messages de réconfort, de sagesse et d’amour. N’oublie pas jeune homme, répète lui ces mots. Mais déjà la brume envahissait la petite chambre, et le garçon ne pouvait rien y faire. Il posa le livre, se glissa bien au chaud sous la couette tout en regardant l’ange posé sur son bureau, celui la même qu’il devrait offrir dès le lendemain à Papy Octave… La matinée de la nouvelle journée ne lui laissa que peu de temps pour repenser aux paroles de Maître Chritil. Il fallait commencer à préparer la maison pour le réveillon du surlendemain. Lisa ne voulait surtout pas avoir à tout faire le jour même, elle voulait, elle aussi, profiter de Noël. Raphaël et son grand-père furent mis à contribution pour déplacer les meubles du séjour et mettre en bonne place la grande table qui allait les accueillir eux et leurs invités, ah oui, leurs invités Lucille et ses parents. Ça promettait d’être une bonne soirée de réveillon. Mais pas le temps de rêver, il y avait du travail pour toute la matinée. Quand vint l’après-midi, les deux employés occasionnels de Lisa eurent la permission de se reposer et de vaquer à d’autres occupations. Papy Octave ne se fit pas prier car juste après avoir avalé un léger déjeuner il se cala bien au fond du fauteuil et s’endormit d’un trait. Une sieste qui n’était pas la bienvenue pour Raphaël qui aurait bien voulu profiter de l’instant pour offrir son ange. Il lui fallut donc attendre le milieu de l’après-midi, après le visionnage d’un film d’animation « Le Pôle Express » l’histoire d’un jeune garçon qui commençant à douter de l’existence du Père Noël qui va monter dans un train mystérieux et partir en direction du pôle Nord. Plus le Pôle Express avancera dans des contrées enchantées, plus la magie s’imposera. Un film qu’il regarda avec beaucoup d’intérêt pensant fortement aux jours passés. Quand le générique de fin arriva, une main se posa délicatement sur son épaule, celle de Papy Octave. - Ah, la magie de Noël, en voici une chose formidable, tu ne crois pas ? Une question qui quelques jours auparavant aurait fait bondir Raphaël mais à laquelle il répondit sans arrière-pensée. - Oh oui Papy, tu as raison ! La période de Noël est vraiment quelque chose de magique surtout quand on trouve « Le bon chemin ». Le grand-père compris aussitôt à quoi son petit-fils faisait allusion et c’est avec un grand sourire qu’il l’attrapa dans ses bras. - Comme je suis content que tu l’aies retrouvé, c’est une chose si précieuse. La magie est une sensation si forte qu’il ne faut jamais la remettre en doute. Elle berce nos existences et nous aide dans les moments difficiles. - Papy Octave, le livre, il t’a aidé ? Après quelques secondes de réflexion, le vieil homme décida d’être le plus franc possible. - Bien sûr qu’il m’a aidé, quand il m’a été offert j’étais encore tout jeune, à peu près comme toi. Et je dois bien avouer qu’à moi aussi il m’a bien servi. Ah si tu savais tout ce que j’ai pu voir et vivre tout en dormant paisiblement. - Papy, tu veux dire que tu rêvais ? - Eh bien, c’est difficile à dire, je n’ai jamais trop su si c’était des rêves ou la réalité, mais c’était si bien que peu m’importait leur source. Raphaël se sentait très en confiance, ils n’étaient que tous les deux dans le salon et personne ne pouvait les entendre. C’est alors qu’il prit la décision. - Papy, je peux te poser une question, mais tu ne te moques pas de moi ? Promets-le ! - Mais pourquoi je me moquerai de toi ! Vas-y pose moi ta question, je t’écoute. - Euh, d’accord, mais je ne suis pas fou et je n’ai pas besoin de voir de médecin. Je voulais te demander si tu avais déjà rencontré… - Oui ! Répondit sans hésitation Papy Octave. - Oui quoi ? Le garçon regardait son grand-père en faisant de gros yeux. - Eh bien oui je connais Maître Chritil. J’ai passé tant de bons moments avec lui, si tu savais. D’un coup les épaules du garçon se baissèrent. C’était donc vrai, il n’était pas fou ? Mais très vite il eut envie d’en apprendre plus. - Raconte-moi Papy, s’il te plaît ! - Que veux-tu que je te raconte que tu ne sais déjà. Ce livre est, oui on peut le dire, magique. Et ce petit bonhomme, ce petit Blench est vraiment un fidèle compagnon. Je suis heureux que vous ayez fait connaissance, il va me manquer c’est sûr. Mais c’est comme ça qu’il peut continuer à subsister. Raphaël ne loupa pas la petite vague de tristesse qui venait d’envahir le regard de son aïeul. Et il se leva en disant aussitôt : - Non Papy, c’est Noël et je ne veux pas que tu sois triste alors je vais te rendre le livre. - Certainement pas ! Et de toute façon tu n’en as pas le droit, le livre t’a choisi, c’est comme ça, c’est tout. - Mais Papy je vois que cela t’attriste, je ne veux pas… - Non mon enfant, c’est simplement que ces derniers temps je m’étais beaucoup rapproché du livre, il m’aide à me sentir proche de mamy. Un silence de plomb s’abattit dans la pièce. Oh oui, mamy Milena ! Elle n’était plus là depuis deux ans déjà. À cet instant Raphaël comprit que son grand-père avait de quoi se sentir seul et que la présence du petit Blench devait lui combler un vide. - Si tu veux on peut le partager le livre comme ça, tu pourras continuer à voir Maître Chritil. - C’est très gentil mais comme je viens de te le dire c’est impossible. Et puis c’est avec ta grandmère que j’aime passer du temps. - Mais comment tu fais ? - J’y pense très fortement, elle est là, tout près de moi, tout près de nous. Il suffit d’avoir l’esprit ouvert. Le moment était parfait, Raphaël quitta le salon et revint quelques instants après tenant fièrement son ange dans les mains. Il le tendit à son grand-père et se tenant droit devant lui, il répéta la phrase qu’il avait apprise par cœur : « Foi de Chritil, cela t’aidera à garder le lien si précieux qui te porte chaque jour ». - Quel drôle de discours pour un si petit homme, et je ne parle pas de Maître Chritil mais de toi Raphaël. - Je ne fais que répéter ce qu’il veut que tu entendes je crois. Papy Octave avait les larmes aux yeux et tenait maintenant le petit ange entre ses grandes mains. - Je te promets d’en prendre le plus grand soin. Mamy Milena sera heureuse de savoir que c’est toi qui l’as fait. - Mais comment vas-tu faire maintenant ? - Je t’ai dit, je n’ai plus besoin du livre, elle m’accompagne à chaque seconde et puis j’ai ton messager, il m’aidera. L’arrivée d’un goûter revigorant rapporta de la joie dans la maison. Quand il se coucha, Raphaël avait des tas de choses en tête et ne savait même plus dans quel ordre les prendre. Il pensa cependant à ouvrir le livre et se rendit compte qu'il ne restait que peu de pages. Le nouveau croquis le fit éclater de rire…