Mardi 20 décembre
Raphaël et Le bon chemin

Raphaël n’hésita pas une seconde, d’un bond il sauta au secours du petit bonhomme en pain d’épice. Manque de chance il trébucha et atterrit sur un chemin couvert de neige. Se débarrassant de la poudre blanche qui lui masquait la vue il releva la tête juste à temps pour éviter un choc frontal avec une ombre qui filait à toutes jambes. D’un croc-en-jambe il réussit à le faire tomber. Là, devant ses yeux ébahis, gisait un biscuit à forme humaine. - Eh vous ne pourriez pas faire attention et où courrez-vous comme ça ? Demanda-t-il d’un ton ferme. - Malheureux pourquoi m’as-tu arrêté, je vais me faire croquer c’est certain, se plaignit le bonhomme. - Bonsoir moi c’est Raphaël et je peux peut-être vous aider. - Non, impossible, je suis le bonhomme en pain d’épice et mon sort est déjà écrit. Je vais me faire dévorer ! C’est ma vie, c’est comme ça. - Non, il y a toujours des solutions, il suffit d’y réfléchir. - Mais je n’ai pas le temps, chaque fois que la une femme âgée me fait cuire au four je m’échappe et parcours la campagne. Mais toujours avec son mari, elle tente de me rattraper : vite, vite « De chez une petite vieille je me suis enfui, de chez un petit vieux aussi, et je peux m'enfuir loin de vous, je vous dis ! ». Mais malgré mes efforts je finis dévoré, finalement, un renard m'attrape et me croque. Alors, je crie ; « J'ai un quart de parti… la moitié… les trois quarts ont disparu… je suis entièrement mangé ! » - Mais Monsieur bonhomme de pain d’épice, vous n’êtes certainement pas le seul de votre espèce à courir ainsi, donc pourquoi pour une fois cela ne changerait pas, laissez-moi vous aider. - Et qu’allez-vous inventer pour changer l’avenir ? l'Interrogeât avec intérêt le biscuit dont les traits venaient de s’apaiser. - Je connais quelqu’un ici, c’est Madame Margrit, je suis certain qu’elle acceptera de vous garder sans vous manger. Elle gère la taverne de Noël, vous connaissez sûrement. - Je sais où elle se trouve, c’est un peu plus loin par là en allant vers le village mais entre il y a les fermiers qui me cherchent donc vous voyez c’est inutile. Raphaël porta un doigt à sa lèvre et se mit à réfléchir en marmonnant. Puis sans hésiter plus longtemps il ôta sa robe de chambre et en couvrit le petit bonhomme. - En route, je ne pense pas qu’il puisse vous reconnaître. Et de toute façon nous le saurons vite car je crois qu’ils arrivent. En effet le mari et la femme arrivèrent essoufflés jusqu’à eux. - Oh l’ami, avez-vous vu un biscuit de pain d’épice qui courrait ? Demanda la vieille femme. - Pas depuis que je suis arrivé mais peut-être est-il plus loin. Aussitôt le couple reprit sa course folle. Aux côtés de Raphaël la silhouette emmitouflée dans la robe de chambre sautait de joie, jamais encore il n’avait vécu quelque chose de la sorte. Les deux compères se mirent en route. Vite, ils arrivèrent à la taverne où, embrassant l'espace d'un regard, le premier être que le garçon vit fut Maître Chritil. Il se tenait bien droit devant l’entrée. - Bonsoir Raphaël, puis-je savoir ce que tu fais là ? Et qui est ton ami ? - Super, vous êtes là ! Je vous cherchais justement j’ai plein de choses à vous raconter. - Tu voulais me parler des poupées chiffons, je les ai vues, j’étais là dans la maison. La joie de Raphaël disparue d’un coup, il ne pouvait donc pas avoir de secret. - Ouais donc si vous savez tout je n’ai pas besoin de vous présenter mon nouvel ami, Monsieur Bonhomme de pain d’épice. - Là c’est sûr, tu n’as plus à me le présenter, je sais qui c’est ! Tu viens de le nommer. - Oups c’est vrai ! Quelques mots que le garçon laissa échapper en riant. - Mais Raphaël, qui crois-tu être, pour décider de changer le cours des choses ? Tout en posant sa question, Maître Chritil avait un air qui était tout sauf amical. - Ben quoi je viens de lui sauver la vie, je trouve que c’est quand même une bonne action, non ? - Mais en faisant cela, tu viens de changer un conte vieux de près de 150 ans. - Peut-être mais c’est comme ça ! Je vais demander à Madame Margrit de s’en occuper et de prendre soin de lui. D’un geste de brindille sur le côté de sa tête le petit Blench fit comprendre à Raphaël qu’il ne devait pas avoir toute sa tête. Mais devant tant de certitude il les laissa entrer. La taverne était pleine, tout le monde se bousculait gaiement en buvant du lait de poule. Le garçon réussi non sans peine à retrouver la tenancière derrière son comptoir et lui parla à l’oreille. Quand elle releva la tête un sourire aux lèvres elle lui dit : - C’est d’accord mon petit, c’est bien parce que tu m’es sympathique. Mais où est-il donc ton ami ? Je ne le vois nulle part. Raphaël scruta lui aussi dans toute la salle mais impossible de localiser sa robe de chambre. Il chercha en vain et retrouva Maître Chritil près de l’entrée, juste à temps pour entendre crier au loin : « J'ai un quart de parti… la moitié… les trois quarts ont disparu… je suis entièrement mangé ! ». - Non ! Mais vous n’avez rien fait ? ! - Tu as vu ma taille ? Le Blench venait de rétorquer aussi sec. Et puis il y a des choses que l’on ne peut changer, c’est ainsi, c’est la vie. - Ouais ben ce n’est pas juste ! Alors pourquoi je m’efforce de faire du bien ? - Ne doute pas de toi Raphaël, tout ce que tu fais va dans la bonne direction, tu es sur le bon chemin même si quelques fois il est tortueux et semé d’obstacle. Continue dans ce sens, crois moi c’est le bon et ton grand-père te dirait la même chose. « Pop ! » ce furent les derniers mots de Maître Chritil avant qu’une brume épaisse le fasse disparaître. - Quoi, Papy Octave sait ? Cette question l’avait fait se dresser, dans son lit. - Bonjour Raphaël, oui c’est moi, mais qu’est-ce que je sais au juste ? Voyant qu’il se trouvait maintenant assis dans son lit, dans sa chambre, il reprit très vite le dessus. - Bonjour Papy, quelle heure est-il ? - Il est presque neuf heures, j’étais venu finir les paquets cadeaux. Voilà, tout est prêt. Mais toi tu étais sacrément agité dans ton rêve. - Ah, oui certainement, je ne me souviens plus. Puis pour changer de sujet au plus vite il lança : « Tu sais que je vais chez Lucille aujourd’hui, je vais faire du pain d’épice, il paraît que c’est un biscuit irrésistible. - Hum je n’en doute pas, un drôle de petit bonhomme en vérité, répondit son grand-père sur un ton songeur. Quand Raphaël arriva dans la maison voisine, mère et fille se lançaient déjà dans la confection d’une pâte à base de farine, beurre doux, œuf, épices à pain d’épices, sucre cassonade, de miel et de lait. Lucille tout heureuse lui demanda de les rejoindre et s’écria : - Ça colle aux mains, c’est trop drôle, viens essayer toi aussi. Ils passèrent un moment ensemble dans la cuisine à préparer la pâte, puis le temps qu’elle repose ils allèrent jouer dans la chambre de Lucille. Raph n’était pas peu fier d’y avoir été invité, ces copains pourraient même en être jaloux quand il leur dirait. Puis, plus tard dans la journée ils purent enfin confectionner les petits biscuits. Quand la mère de Lucille apporta deux emporte-pièces à la forme caractéristique de bonhomme en pain d’épice, Raphaël ne put s’empêcher d’avoir un pincement au cœur. Mais très vite sa bonne humeur revint à la charge. Les enfants s’amusaient comme de petits fous à faire des séries complètes de petits personnages, allant même jusqu’à les modifier légèrement pour faire autant de garçons que de filles. Pendant ce temps, la mère de Lucille s’affairait à confectionner les éléments qui allaient devenir à n’en pas douter une superbe maison miniature toute en pain d’épice. Tous ces éléments allèrent ensuite se faire dorer dans le four. - Raphaël, pour la décoration il faudra attendre demain, mais si tu le souhaites tu peux revenir pour nous aider ? Les mots qui venaient de s’échapper de la bouche de la mère de Lucille lui parurent si doux qu’il la regarda avec un regard tendre et répondit : - Oh oui, ça me ferait très plaisir ! - Super ! On va encore bien s’amuser ! Lucille avait un sourire éclatant et sautillait de bonheur. Car sans conteste possible elle aimait elle aussi partager son temps avec son camarade. Toute la soirée il repensa à tout ce qu’ils avaient préparé et essaya d’imaginer à quoi ça ressemblerait une fois fini. Déjà dans sa tête il imaginait une maison de pain d’épice dans laquelle il pourrait loger Maître Chritil. C’est avec cette idée en tête qu’il retrouva le livre ce soir-là. Il était apaisé, il était heureux, rien ne pouvait plus le déstabiliser. Comme ils étaient loin les jours sombres pendant lesquels il s’était coupé de ceux qu’il aimait. Une chose était certaine, plus jamais il ne le ferait, ça faisait trop mal. Alors plein d’entrain il s’apprêta à poursuivre son exploration littéraire. Il fila directement au point de rendez-vous comme il aimait à se le représenter, et là, il tomba sur une porte...