Dimanche 18 décembre

Dimanche 18 décembre

Raphaël et Le bon chemin

Un conte écrit et illustré par Stéphane Hamard
Un roulé-boulé, une récupération acrobatique et, comme par miracle, Raphaël se retrouva debout,
les pieds enfoncés dans plus de trente centimètres de neige. « Bon, au moins je connais l’endroit, là
en face les lumières donc si je vais tout droit je vais arriver devant Mister Houx » se dit-il en
conservant son calme.

Il ne lui fallut pas longtemps pour retrouver le puissant buisson mais cette fois s’il n’allait pas se
laisser piquer aussi facilement. Il s’avança prudemment, retrancha sa main dans sa manche et d’un
mouvement souple mais bref il frôla une des feuilles vertes aux piquants acérés.
- Mais qui vient me déranger en cette si belle nuit ? La voix était reconnaissable, profonde et
caverneuse à souhait.
- Bonsoir Mister Houx, c’est moi Raphaël, je reviens car je veux passer de l’autre côté ! Le ton était
franc et sec et les paroles pleines d’autorité.
- Ah oui, Raphaël l’ignorant, celui qui ne sait pas pourquoi il veut passer, je me souviens de toi.
- Mais aujourd’hui je sais !
- Et que sais-tu au juste ?
- Je dois atteindre les lumières car je suis à la recherche de quelque chose, répondit fièrement le
garçon.
- Et de quoi donc s’agit-il ? Je ne peux me contenter de cette réponse, il m’en faut plus.

Raphaël réfléchit un instant, devait-il dévoiler sa quête à ce buisson ? Mais il savait que le temps
était compté dans ce monde alors il se décida vite.
- Je cherche un animal particulier.
- Oh, de quel animal est-il question et pourquoi le cherches-tu ?
- Grrr vous êtes énervant à la fin ! Je dois faire plaisir à mon père et je sais qu’il voudrait une poule.
- Une poule ! Quel drôle de souhait !
- Oui et pas n’importe laquelle, une poule laide, s’écria Raphaël.

Mister Houx se mit à frémir et, après quelques secondes, ne put réprimer le fou rire qui
l’envahissait.
- Oh oh oh, comme tu es drôle mon bonhomme ! Si drôle que je vais te laisser passer.
Le chemin s’ouvrit immédiatement, les branches de houx s’ouvraient pour laisser un passage sur
une trace bien nette.

Stupéfait, le garçon ne prit même pas le temps de demander la raison du fou rire et s’engagea sur le
chemin.
- Bonne chance Raphaël, au plaisir de te revoir.
- Oui, bien sûr, compte dessus bois de l’eau…
Mais un nouveau défi se présentait, comment allait-il bien pouvoir trouver un poulailler ou du
moins une poule dans un endroit qu’il ne connaissait pas. Il se dirigea vers les éclats de lumière sans
savoir quelle distance le séparait d’eux.

Alors que le froid, jusqu’alors inexistant, commençait à le saisir, Raphaël aperçu un petit panache
de fumée. Instinctivement il opta pour cette direction et très vite se trouva devant une sorte de
commerce avec une enseigne en tôle qui se laissait secouer au gré du vent. Quand il fut assez
proche pour y voir mieux il remarqua qu’une poule était l’emblème du lieu, un signe sûrement.
Il poussa la porte et reçu de plein fouet une douce et chaude vapeur qui le requinqua aussitôt. Dans
la pièce un brouhaha se faisait entendre et ouvrant grand les yeux il put alors voir une multitude de
petites silhouettes qui déambulaient, discutaient, trinquaient tout en riante. Rassuré Raphaël se
rapprocha d’une sorte de comptoir et s’adressa à une vieille femme qui lui tournait le dos.
- Euh, bonsoir madame, est-ce que je pourrai savoir où trouver une poule ? Laide de préférence s’il
vous plaît.
La vieille femme se retourna contenant difficilement une hilarité évidente. Elle paraissait gentille
avec ses joues rondes et bien rose.
- Silence vous autres, cria-t-elle alors. Et plus un mot n’emplit l’espace. Peux-tu répéter mon
garçon ?
- Oui je cherche une poule laide, si vous pouviez m’aider.

Mais alors qu’il s’attendait à recevoir enfin des conseils dans sa quête, il dut affronter un assaut de
rires venant de toutes parts.
- Stop ! Ça suffit, arrêtez de vous moquer de moi comme ça ! Je cherche à faire plaisir à mon père
voilà tout, si vous n’êtes pas capables de m’aider au moins arrêtez de rire bêtement.

Un silence de plomb s’installa de nouveau et plus personne n’osa bouger, pas même Raphaël surpris
par sa propre autorité.
Et du fond de la salle, cachée derrière bon nombre de petits bonshommes une voix aigrelette se fit
entendre :
- Ah, te voici enfin, tu en as mis du temps pour me rejoindre. Bienvenue à toi mon petit ami.
- Maître Chritil ! Enfin je vous retrouve, vous m’avez manqué vous savez.
- Il ne tenait qu’à toi de me trouver, il n’y avait rien de très difficile à cela, Mister houx a dû te
l’expliquer.
- Alors lui si nous pouvions l’oublier un instant ce serait bien. Là, je cherche une poule et personne
ne veut m’aider, au contraire à chaque fois que j’en parle tout le monde me rit au nez.
Tout en parlant, Raphaël s’était approché et venait de s’asseoir à la table du petit Blench. Lui,
confortablement installé avait devant lui un petit mug d’où s’échappait une délicieuse odeur.
- Oui installe-toi, nous avons un peu de temps, dit Maître Chritil avant d’ajouter à l’attention de la
vieille femme : « Madame Margrit, la même chose mais sans alcool pour le jeune homme, et chaud
s’il vous plaît, il ne faudrait pas qu’il tombe malade. »

Et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Raphaël avait devant lui son propre mug avec une
jolie poule aux tons rougeoyant. Il l’attrapa et le porta à sa bouche. Rien que l’odeur lui donnait
envie et sans pouvoir y résister il y trempa le bout des lèvres. Trop tard, il ne pouvait plus s’arrêter
et avala tout le contenu avant de lever le mug pour en demander encore.
- Waouh, c’est trop bon ça ! Mais qu’est-ce que c’est ? Demanda-t-il à Maître Chritil qui l’observait.
- Cher Raphaël, ce n’est autre que ce que tu cherches vainement dans la mauvaise direction.
- Quoi, je ne comprends rien à votre charabia.
- Ceci est ce qu’on appelle du lait de poule, c’est délicieux et réconfortant.
- Arrêtez, vous allez me faire rire et je vais avaler de travers. Les poules ne donnent pas de lait !
- Mais petit ignorant, bien sûr que ce n’est pas du lait de poule, mais c’est le nom que l’on donne à
cette boisson car on y incorpore un jaune d’œuf.

Stupéfait, Raphaël venait de comprendre pourquoi tout le monde riait de sa recherche d’une poule
laide. Évidemment, comme d’habitude il avait écouté d’une oreille distraite et avait mélangé l’ordre
des mots. Mais alors il n’allait rien pouvoir rapporter à son père. La tristesse était si forte qu’il eut
l’impression qu’elle le plaquait littéralement contre le dossier de sa chaise.
- Ne sois pas triste Raphaël, comme je te l’ai dit nous avons du temps devant nous et je pense que
Madame Margrit serait tout à fait heureuse de t’apprendre à faire ce doux breuvage.
Les mots de Maître Chritil eurent l’effet d’un carreau de chocolat que l’on croque quand on est
triste. Raphaël se redressa et afficha un joli sourire, oui ça, c’était une idée parfaite…

« Toc, Toc » quoi, pourquoi fallait-il que l’on frappe déjà à sa porte ?
- Qu’est qu’il y a ? Demanda-t-il d’une petite voix à laquelle répondit celle de Papy Octave.
- Comment ça qu’est-ce qu’il y a ? Il est déjà onze heures, tu n’es pas levé et nous avons rendezvous avec Lucille en début d’après-midi.

Raphaël se redressa d’un coup, oui c’est vrai, ils avaient prévu de tenter de faire un igloo au fond du
jardin, là où la neige était encore belle. Très vite ce fut le branle-bas le combat dans la maison.
Une fois en compagnie de son amie et de son grand-père, Raphaël mit une ardeur étonnante à la
construction d’une réplique d’une habitation d’esquimaux. Il prenait la neige, la roulait pour en faire
d’énormes paquets qu’il taillait ensuite en gros cube. L’igloo n’était pas très grand mais
parfaitement réussi et les enfants s’amusaient énormément. Mais quand la nuit commença à pointer
le bout de son nez elle sonna l’heure du réconfort. Le garçon avait eu le temps de repenser à la nuit
passée et étonnamment il se souvenait de la façon de faire du lait de poule. Dès qu’ils furent au
chaud à l’intérieur, il attrapa Lucille par le bras et l’attira dans la cuisine.
- Mais qu’est-ce que tu fais ? Demanda-t-elle en riant
- Viens, nous allons faire une surprise.
- Fais attention à ne pas te faire disputer, ce serait dommage, on s’amuse si bien.
- Ne t’inquiète pas, je maîtrise. J’espère juste que j’aurai tout ce qu’il me faut. Et sans rien expliquer
de plus il partit à la recherche des ingrédients.
- Est-ce que je peux t’aider, le questionna Lucille intriguée par tant de mystère.
- Non, non, alors le lait, de la cannelle, des œufs, du sucre et, mais où sont-ils cachés ? Ah oui là,
des spéculos.

Ensuite tel un petit chef dans une casserole il fit chauffer le lait avec la cannelle, puis le mit à tiédir 
après l’avoir filtré. Dans un bol, il mélangea le sucre avec les jaunes d’œufs jusqu'à ce qu'ils aient 
bien blanchi et doublé de volume, puis versa alors le lait sur les œufs et le sucre avant de mélanger 
le tout à l'aide d'un fouet pour obtenir un mélange homogène.
C’est à ce moment précis que Lisa entra dans la cuisine, figée sur place, les yeux médusés elle 
regardait son fils aux fourneaux.
- Eh bien jeune homme, on se prend pour un grand cuisinier ? Tu aurais pu demander avant de te 
lancer dans cette tambouille. Mais que fais-tu exactement.
- Pardon maman, j’aurai dû te prévenir mais je voulais faire une surprise, je prépare du lait de poule,
je sais que papa en a réclamé hier.
Devant tant de gentillesse, Lisa ne put que fondre et aussitôt elle vérifia que tout avait été fait dans 
les règles. Elle mit de côté une partie du mélange et laissa l’autre à son fils.
- Tiens prend le reste, ajoute les morceaux de spéculos et offres en une tasse à Lucille je suis 
certaine qu’elle va adorer. Je garde le reste pour ton père car je dois lui ajouter un autre élément 
secret, ajouta-t-elle en souriant.
- Et c’est quoi ce truc secret ? Demanda Raphaël
- C’est pour les adultes, juste un peu de rhum ou de whisky, c’est comme ça que les Américains le 
prennent.
- Trop cool, il va être étonné quand je vais lui dire.
- De qui parles-tu mon chéri ?
- Euh non rien je pensai à Papa. Ouf, il venait de frôler la catastrophe, ses parents ne le croiraient 
jamais s’il devait expliquer ses aventures nocturnes avec le petit Blench...