Il était une fois, en cette veille du premier jour du dernier mois de l’année…
Hum… Mais revenons quelque temps en arrière, au début du mois précédent. Pourquoi me direz-vous ?
Tout d’abord, pour vous présenter un petit garçon de 07 ans Raphaël qui est une véritable boule de
nerfs sur pattes. Un rien suffit à le faire partir en vrille et surtout à faire tourner en bourrique tout
son entourage. Une bouille d’ange aux cheveux roux qui culmine à 115 centimètres du sol avec
deux billes d’un vert intense qui vous toisent sans ciller. Ensuite, pour revenir sur un évènement qui
a mis sens dessus dessous les petites habitudes bien huilées de son environnement.
Cette année, pour fêter Halloween, Raphaël avait décidé de se déguiser en vampire. Un habit parfait
pour provoquer la terreur. Il était heureux et surexcité ce 31 octobre, quand en fin de journée, il
avait fait le tour du quartier avec ses amis. Il y avait Martin, Lucien, Louise et bien entendu sa
préférée Lucille. Ensembles ils frappaient aux portes sans crainte, criant à tue-tête : « Des bonbons
ou un sort ». La formule était efficace car aussitôt les mains se tendaient et remplissaient les bourses
des petits monstres.
C’est au moment du partage que tout dérapa. En effet, Raphaël qui comme Lucille avait fait un
effort pour changer de déguisement voulait une part plus importante de friandise. Hors de question
d’avoir la même part que les autres qui n’avaient, selon lui, fait aucun effort. Martin et Lucien
jouaient tout comme l’année précédente les fantômes et Louise portait exactement le même chapeau
de sorcière en partie élimé. Lucille, elle, avait troqué son déguisement de sorcière pour celui d’un
squelette.
Les cris et les pleurs alertèrent leurs parents qui s’approchant restèrent médusés devant le
spectacle d’un Raph raide comme un piquet, arborant fièrement ses fausses dents de vampire
teintées d’un filet de faux sang. Il se tenait debout devant ses camarades, un poing sur la hanche
gauche et un gros sac tenu fermement serré dans la main droite. Son regard n’appelait pas
d’interprétation, il avait bel et bien décidé de tout garder pour lui. Bien mal lui en avait pris, il allait
devoir essuyer les foudres de ses parents Pierre et Lisa, à commencer par la remise de toutes les
friandises aux autres enfants et un exil forcé dans sa chambre avec l’interdiction de reparaître.
Le lendemain matin, au petit-déjeuner, sa mère lui avait demandé :
- Bonjour Raphaël, as-tu eu le temps de réfléchir à ton comportement d’hier ?
- Quoi hier ? C’est moi qui avais raison ! J’avais fait le plus d’effort et il était normal que j’en ai
plus que les autres ! Ils ne voulaient pas comprendre.
La réponse avait été cinglante, sans pour autant déstabiliser la mère de famille.
- Très bien, je vois que tu veux jouer au petit dur ! Alors nous allons prendre d’autres dispositions,
tant pis pour toi, il faut que tu comprennes que cela ne marche pas comme ça.
- Si ça marche comme ça ! Je suis assez grand pour décider !
- Ah ! Tu es assez grand ? ! Alors d’accord, je vois que tu te sens en âge d’assumer tes erreurs. Alors
je t’informe, qu’avec ton père, nous avons décidé d’écrire au père Noël pour lui indiquer que tu ne
méritais pas d’avoir de cadeaux cette année.
Loin de s’écrouler et de faire repentance, Raphaël s’était dressé d’un coup en regardant sa mère
sans baisser les yeux.
- J’ai fini. Je vais me préparer, ça va être l’heure de l’école !
Puis, après avoir fait quelques pas en direction du couloir, se retournant vivement, il avait lancé un
cri de colère :
- Noël, ce n’est pas grave ! De toute façon je ne crois pas au père Noël, c’est juste une légende.
Esquissant un petit sourire, Lisa l’avait regardé s’éloigner, en ajoutant à son intention :
- Mais oui, bien sûr mon petit, nous en reparlerons chaque jour pour que tu n’oublies pas notre
décision et nous verrons bien qui changera d’avis le premier, allez oust.
À ce moment-là, Lisa n’imaginait pas que son fier petit bonhomme serait suffisamment buté pour
ne pas revenir sur ses positions. Bien au contraire, les jours qui suivirent, Raphaël ne lâcha rien et
resta buté sur sa position. Plus inquiétant, le comportement du garçon à l’école laissait également à
désirer. Après mûres réflexions, Lisa et Pierre décidèrent de demander conseils à Papy Octave, le
père de Lisa, pédiatre à la retraite. Il n’avait pas fallu insister longtemps pour que le vieil homme
décide de venir immédiatement s’installer chez eux pour se faire un avis. Il était trop content de
profiter de l’occasion pour pouvoir passer plus de temps avec son petit-fils et rester jusqu’aux fêtes
de Noël. Et puis il trouverait bien ce qui perturbait le petit monstre.
C’est donc en ce 30 novembre que l’arrivée de papy prodigue se concrétisa. Ses premiers mots
furent :
- Alors, il est où le petit monstre ? !
- Bonjour papa, il est à l’école, mais ça ne me fait pas trop rire. Il crie, haut et fort, que Noël n’est
qu’une légende à laquelle il ne croit pas. Je ne sais plus quoi faire.
- Ne t’inquiète pas ma fille, je ne suis pas venu les mains vides et je peux t’assurer que d’ici le
25 décembre il aura changé d’avis, foi de Papy Octave. Mais il allait découvrir que le changement
ne serait pas si aisé.
En fin d’après-midi, à peine rentré, Raph s’était précipité contre son grand-père
l’enserrant avec force.
- Papy, je suis content que tu sois là, personne ne comprend que j’ai raison !
- Oh Raphaël, un peu de calme, et commence par me raconter ce que tu as fait à l’école.
- Rien d’intéressant, mais pour les bonbons ce n’est pas normal que j’en ai été privé.
Le grand-père fit alors comme s’il n’était au courant de rien et laissa son petit-fils lui relater sa
version des faits.
- Tu sais mon enfant, je reconnais que tu pouvais être fier de ton déguisement mais cela ne vaut pas
le coup de se fâcher avec tout le monde. En plus le perdant de l’histoire c’est toi puisque tu n’as rien
eu.
- Et en plus je suis privé de Noël ! Mais ça, je m’en fiche !
- Bon, on en reparlera un peu plus tard si tu veux bien, lança Papy Octave coupant court à la
conversation.
En début de soirée, Papy Octave appela Raphaël qui ne se fit pas prier pour accourir.
- Oui Papy, tu veux bien qu’on reparle de ma punition ?
- Oh que non, cela ne regarde que tes parents, moi je ne suis pas là pour ça. Non je voulais te voir
car j’ai quelque chose à te donner.
- Ouais, c’est quoi ?
Le vieil homme, tout sourire, sortit alors un paquet et le tendit à Raphaël.
- Ouvre, tu verras bien.
Ni une ni deux, il arracha le papier brun et découvrit, non sans une certaine déception, un vieux
livre.
- Pff, c’est qu’un livre…
- Oui mais pas n’importe lequel, il me vient de mon grand-père. Ce livre est dans la famille depuis
plusieurs générations, et, il a toujours plu.
- Et ça parle de quoi ce bouquin.
- Hum, à toi de le découvrir, je peux juste te donner son titre, « Le bon chemin ». Fais-moi
simplement la promesse de lire un chapitre chaque soir à partir de ce soir. Tu veux bien faire ça pour
ton Papy adoré ?
Raphaël réfléchit un instant puis, s’approchant de l’oreille de son grand-père, chuchota :
- Bon d’accord Papy mais à condition que tu m’aides pour que je ne sois plus puni.
C’est avec un grand sourire, celui du travail accompli, que Papy Octave répondit :
- Si tu tiens ta promesse, tout est possible.
Puis dans son antre, comme il aimait nommer sa chambre, Raphaël se retrouva seul. Il se souvint
de la promesse faite peu avant et avec peu d’enthousiasme il chercha le livre. Ah, il était là sur le
bord du bureau. Un vieux livre un peu usé sans image sur la couverture. Au toucher, celle-ci
paraissait douce, comme une peau. Une fois installé dans son lit, et éclairé par la lampe de chevet en
forme de fusée, il se décida enfin à ouvrir le vieil ouvrage ; sur la première page, d’un blanc usé, il
ne vit qu'une seule inscription apparue « Le bon chemin ». Il se mit vite en colère constatant qu’il
ne pouvait le feuilleter librement. « Papy, tu ne vas pas bien, tu me donnes un livre dont les feuilles
sont collées entre elles ! » se dit-il. Le geste fut rapide et bref, le vieux livre vola précipitamment
vers le pied du lit, à quoi bon s’embêter avec ça !
Le garnement ne s’attendait certainement pas à ce qui allait se produire. Comment le livre qu’il
venait de jeter pouvait lui revenir dans les mains sans qu’il ait bougé le petit doigt ?
La lumière de l’engin spatial s’était mise à clignoter. Le regard attiré par un reflet sur les premiers
feuillets du volume, il souleva une nouvelle fois la couverture puis la page du titre qui sembla se
décoller sans effort laissant apparaître un dessin aux tons pastel représentant un tapis de mousse sur
lequel reposaient une bogue et sa châtaigne ainsi que diverses brindilles.
Avant même qu’il ait pu envisager quoi que ce soit, la page sembla s’illuminer et une espèce de
brume se leva, recouvrant le dessin. Et là, « pop ! » la petite chose se dressa devant les yeux de
l’enfant, un petit être dont la tête semblait être représentée par une châtaigne rabougrie collée contre
la paroi haute de la bogue, deux stries lui donnaient un regard fixe et aucune bouche n’était visible.
Au-dessous, un amalgame de mousse était percé par des brindilles représentant jambes et bras.
- Mais t’es quoi toi ? ! Lâcha Raphaël intrigué.
- Bonjour jeune garçon, répondit une petite voix fluette, je me présente, Maître Chritil de la famille
des « Blenchs ».