Vendredi 09 décembre
Raphaël et Le bon chemin

Le cœur de Raphaël s’emballa d’un coup, là devant son regard ahuri, il ne pouvait dire si un danger menaçait ou si tout était normal. Dès qu’il tourna la nouvelle page, un nuage de fumé l’enveloppa et lui piqua les yeux. Très vite il avait remarqué une lueur à travers l’épaisse brume et sans prendre le temps de réfléchir il s’était mis à taper fortement sur la page du livre. Heureusement en quelques secondes la situation revint à la normale et toute la fumée s’évapora. Il venait d’éteindre un début de feu et pourtant ne ressentait aucune brûlure. Il regarda la feuille et ce qu’il vit lui arracha un petit cri de surprise. Le dessin paraissait si réaliste, il y avait la fumée, le feu et un âtre béant et noir. Il scruta chaque espace mais ne vit rien de plus. Il resta ainsi médusé, cloué sur son lit les iris fixant le centre de ce trou noir. Puis d’un coup les battements de cœur qui venait à peine de se calmer reprirent de plus belle. - J’avoue, j’aime bien ça ! En voici une belle surprise ! Mais je manque à tous mes devoirs, bonsoir jeune architecte. Raphaël osa enfin se tourner vers l’endroit d’où semblait venir la voix de Maître Chritil. Il rencontra très vite la boîte en carton et là ! Maître Chritil semblait se prélasser bien calé au fond du fauteuil les bas de ses brindilles de jambes se perdant dans l’épais tapis de mousse. A cette vue, Raphaël reprit ses esprits et examina la scène. Une chose étrange s’était passée car dans la boîte en carton les éléments semblaient s’être transformés. Le petit Blench paraissait se mouvoir tranquillement dans une véritable pièce avec sa cheminée d’où émanaient des volutes de fumée réchauffant l’espace où trônait un vieux fauteuil club au cuir bien tanné. Et justement, la figurine qu’il avait fabriquée avec tant d’application pour se rapprocher le plus possible de la réalité avait tout simplement pris vie. - Je te remercie mon jeune ami et je te félicite pour ta réalisation, hum comme il est bon de se sentir aussi vivant. Tout en parlant Maître Chritil évaluait ses nouvelles capacités et il était possible d’entendre le moindre de ses mouvements au gré des craquements et froissements. - Mais c’est impossible, j’ai juste fait une figurine c’est tout. - Non, c’est beaucoup plus que ça. Même si j’étais bien loin, j’ai nettement ressenti toute la volonté que tu as mis dans ton projet et j’avoue que c’est une très belle réussite. Je pense que je vais passer de bons moments ici. - Et pourquoi vous êtes ici, comme ça, maintenant ? S’étonna le jeune garçon. Une réflexion qui fit rire Maître Chritil. - Ohohoh comme tu es drôle toi ! Je suis là parce que tu as besoin de moi mais aussi parce que les efforts que tu as fournis m’autorisent enfin à t’apporter mon aide pour trouver « le bon chemin ». Nous aurons bien le temps d’explorer tout ceci dans les jours à venir. Maintenant il est tard et j’aimerais bien dormir. Alors bonne nuit ! « Flop ! » un nuage de fumée envahit alors la boîte en carton sans que Raphaël ne puisse faire un geste. - Oh attendez je veux savoir ! Mais trop tard, un souffle léger survola doucement le lit puis la table de chevet et dissipa la fumée pour laisser apparaître… - Ah non ! Ce n’est pas possible, ça paraissait si vrai ! Mais là, devant Raphaël, la boîte en carton et son contenu, si joli soit-il, ne donnaient plus aucun signe de vie. Il éteignit la lumière, posa le livre sur le sol et s’enfila bien au chaud sous la couette. Après une nuit reposante, il fallut attendre le chemin de l’école pour voir Raphaël sortir de ses pensées. - Papy, je suis content du décor que nous avons fait dans la boîte mais peut-être que je vais y ajouter d’autres choses, il faut que j’y réfléchisse. - Je suis heureux de te l’entendre dire mon petit. Moi aussi quand j’avais ton âge j’aimais construire des choses comme ça. C’est quand même mieux que tous ces jouets qui encombrent ta chambre non ? - Euh ben je ne dirai pas ça ! J’aime tout ce que j’ai. La discussion n’alla pas plus loin, l’école était en vue et là devant le portail quatre petites silhouettes attendaient en fixant l’arrivée de Raphaël. Alors que les derniers mètres qui les séparaient s’étiolaient rapidement, Louise poussa fortement Martin dans le dos le propulsant vers l’avant. Tout d’abord surpris, ce dernier se redressa et regarda Raphaël dans les yeux. - Raph, je voulais te remercier pour ce que tu as fait avant-hier. Moi aussi je voulais m’excuser. - Et moi aussi, rajouta Lucien qui était resté aux côtés des filles. Papy Octave laissa son petit-fils rejoindre ses amis, il ne voulait surtout pas s’immiscer dans leurs retrouvailles. Mais c’est avec un large sourire qu’il repartit en direction de la maison. De son côté, Raphaël était content de retrouver ses amis, tous ses amis. Alors qu’ils entraient fièrement dans la cour de l’école, Lucille s’approcha de lui et à l’oreille lui souffla : - Ça va Raph, pas trop déçu d’avoir raté la sortie d’hier ? - Non ne t’inquiète pas, après avoir fait mes leçons je suis allé me promener avec Papy en forêt et nous avons ramassé plein de trucs. - Tu vas voir, nous aussi nous avons fait une belle cueillette. Et même que Martin et Lucien ont rapporté plusieurs bogues de châtaignes pour toi. La sonnerie les rappela à l’ordre et, en quelques secondes, ils se mirent en rang pour entrer en classe. Mme Leroy savait qu’elle ne pourrait pas tirer grand-chose de ses élèves en cette veille de week-end, surtout après la journée en forêt de la veille. Aussi avait-elle prévu de procéder avec eux au tri des multiples trésors amassés. Tous s’installèrent dans la grande salle du réfectoire ou de grandes tables avaient été dressées. L’entrée des enfants fut accompagnée par un flot ininterrompu de « Oh ! » « Ah ! » « waouh ! » « C’est trop bien ! ». Le petit clan des cinq se rua dans la course à la meilleure place et en quelques minutes toutes les petites mains entamaient un tri minutieux. Les plus belles pièces étaient mises de côté quand ce qui était abîmé partait directement dans un grand sac-poubelle noir. Sans rien dire, Martin et Lucien quittèrent leur place avec dans la tête une idée bien précise, ils voulaient récupérer au plus vite les bogues de châtaignes ramassés à l’attention de leur camarade. Ils revinrent bientôt tout souriant en tenant chacun une boule piquante qui n’attendait qu’une maladresse pour piquer et rouler sous les tables. Mais avec patience et quelques mini-frayeurs ils se présentèrent fièrement devant Raphaël. - Et voilà ! C’est pour toi Raph, parce que nous sommes et resterons toujours des amis. - Waouh elles sont superbes ! S’exclama Raphaël en voyant les deux bogues intactes. - Oui c’est vrai, mais fais vite, prends-les elles sont pour toi ! Lucien commençait à voir ses mains trembler et voulait s'en débarrasser au plus vite. L’affaire fut vite pliée, Raphaël attrapa du papier journal et les enveloppa comme Papy Octave le lui avait montré la veille. Il s’abstint de dire à ses amis qui avaient fait l’effort de les trouver qu’il avait lui même fait sa récolte le jour précédent. Et de toute façon il avait déjà une petite idée de ce qu’il allait bien pouvoir en faire. Enfin il venait de vivre une journée comme les autres, comme celles d’avant, remplie de partage, de rires et de joie. C’était si bien que Raphaël ne vit pas l’après-midi passer et quand la cloche de fin sonna il regarda ses amis et déclara : - J’ai quelque chose à vous dire, je suis heureux de cette journée et j’espère que les prochaines seront aussi belles. Vous savez, je vous aime bien et je regrette la façon dont le mois de novembre s’est déroulé. On fait la paix pour de bon ? ! Les mains se rapprochèrent et s’empilèrent les unes sur les autres et tels un vrai serment chevaleresque Raphaël, Lucille, Louise, Martin et Lucien jurèrent fièrement que le temps de la paix était venu et que rien ne pourrait jamais briser leur amitié. Et c’est très fier de lui que Raphaël rentra chez lui ce vendredi en fin d’après-midi. Bien entendu il n’hésita pas un instant à tout raconter à Papy Octave. Notre petit héros ne tarda pas à rejoindre sa chambre, il avait encore des choses importantes à préparer. Dans la soirée, Raphaël ne cessa de questionner son grand-père et ses parents sur l’activité du week-end mais à sa grande déception aucun indice ne filtra. Un peu renfrogné, il finit par monter se coucher. Mais très vite une certaine légèreté mêlée de bonne humeur l’habita. Il vérifia une dernière fois que tout était prêt et se cala bien en face de la maison « Blench », oui c’est le nom qu’il avait décidé de lui donner. Il prit le livre et tapota sur la couverture en disant tout bas « toc, toc ». Cette fois, il crut ressentir un frémissement au bout de ses doigts mais il avait beau fixer la boîte aucune trace de Maître Chritil. Il comprit bien vite qu’une fois de plus il allait devoir s’aventurer dans une nouvelle page du vieux livre et précautionneusement il la tourna. Ce qu’il y vit le projeta d’un coup en arrière !...