Jeudi 08 décembre

Jeudi 08 décembre

Raphaël et Le bon chemin

Un conte écrit et illustré par Stéphane Hamard
Au petit matin les yeux de Raphaël s’ouvrirent bien avant que ne retentissent les bips du réveil. Il
avait en tête l’histoire de Ratus et Ratitus. Peu lui importait de savoir s’il l’avait lue ou vécue à
travers le récit de Maître Chritil, il ne cessait de s’interroger sur le message qu’il contenait. La route
qu’il aurait prise, celle qu’il devait s’obstiner à prendre maintenant. « Oui mais, quand même, ce
n’est pas une chose si facile. » Se dit-il.

Sa mère émit un petit cri d’exclamation quand il arriva dans la cuisine avant même Papy Octave.
- Mon chéri, quelque chose ne va pas ? S’inquiéta-t-elle.
- Non maman tout va bien, j’étais réveillé alors je me suis préparé et me voilà.
- Eh ! J’espère que cela n’annonce pas une catastrophe, renchérit Lisa en souriant à son fils. Tiens
prends tes tartines, il faut bien manger le matin pour être en forme.

L’arrivée de Pierre mit fin à l’échange entre la mère et le fils. Il avait déjà revêtu son costume et
s’apprêtait à quitter la maison pour se rendre au travail.
- Oh mais ce n’est pas vrai ! Raphaël déjà débout et habillé, en voici une surprise. Alors toi tu es
formidable mon fils, tu fais cela le jour où tu pourrais traîner un peu au lit. Les mots de Pierre ne
mirent pas longtemps à ramener le garçon à une triste réalité. Mais oui c’était bien le jour de la
sortie en forêt, la fameuse sortie scolaire à laquelle il ne pourrait participer suite à sa punition.
- Papa, qu’est-ce que je vais faire, il n’y aura personne à l’école ?
- Tu as tout compris et c’est pour ça que nous avons demandé à Papy Octave de s’occuper de toi.
Mais je vois qu’il n’est pas encore là. Je ne sais pas ce qu’il a prévu pour toi.
- Bon, c’est dommage j’aurai bien voulu y aller mais au moins j’aurai Papy pour moi tout seul
pendant une journée.

C’est ainsi qu’une fois ses parents partis au travail il attendit que son grand-père lui dévoile le
programme de la journée. Et cela commença dans le salon de la maison familiale, à l’extérieur le
temps n’était pas mauvais mais aucun rayon de soleil ne daignait percer la couverture nuageuse.
- Alors jeune garçon, ta grande punition va être de me supporter pendant toute une journée. Je te
plains mon enfant.
- Arrête de me faire rire Papy ! S’écria Raphaël en riant fortement.
- Oh mais je ne rigole pas, répondit-il avec tout son sérieux. J’ai la charge de ton éducation pour une
journée et je ne vais pas me défiler. Et pour commencer je vais te demander de venir t’asseoir dans
ce fauteuil en face de moi, je voudrais en savoir un peu plus sur cette histoire de punition.
Raphaël rejoint la place indiquée en traînant les pieds, il ne s’attendait vraiment pas à ça.

- Je t’écoute, vas-y ?
- Mais qu’est-ce que je dois dire ? Demanda Raphaël qui ne comprenait pas encore la demande de
Papy Octave.
- Eh bien explique-moi pourquoi tu as été puni !
- Mais tu le sais déjà, Mme Leroy dit que j’ai été violent envers un camarade et c’est pour ça qu’elle
m’a interdit d’aller à la sortie en forêt. Moi je dis que ce n’est pas juste !
Tout en parlant, le garçonnet s’était redressé dans le fauteuil et faisait face au grand-père.
- Oui je le sais ça, mais j’aimerais savoir pourquoi tu as été violent.
- Mais ce n’est pas vrai, j’ai juste d’abord dit à Martin que j’allais lui écraser la mousse au chocolat
sur la tête car il m’avait provoqué en me lançant des petits pois.
- Hum je vois que tu oublies le passage dans lequel tu étais sur le point de te jeter sur lui quand ta
maîtresse est intervenue.
- Je te promets, je ne sais même pas si c’est vrai ! De toute façon je ne voulais pas faire de mal à
Martin mais quand j’ai voulu que la maîtresse rajoute des bogues de châtaignes à la liste des choses
à récolter lors de la sortie forêt il a continué à se moquer de moi. Je ne voulais faire de mal à
personne.
- Oui mais ce n’est peut-être pas l’attitude que tu as laissée paraître aux autres. Regarde, hier quand
tu es allé t’excuser devant Martin, je n’ai pas eu l’impression qu’il était détendu, bien au contraire.
Raphaël ne répondit pas aussitôt comme à son habitude. Il était là, le regard dans le vide, les yeux
fixés devant lui. Papy savait qu’il valait mieux ne pas le déranger en pleine réflexion, quelque chose
faisait sa route dans son esprit, cela était évident. Après quelques minutes le silence laissa place à la
voix du jeune garçon.
- C’est peut-être vrai en fait, je ne me suis pas rendu compte de ce que je faisais. J’en voulais
tellement à Martin mais aussi à Lucien et même Louise depuis Halloween qu’à la moindre occasion
j’ai tenté de régler mes comptes. Mais c’est aussi pour ça que je me suis excusé Papy, tu l’as bien
vu !

- Et donc pour le problème d’Halloween, où en es-tu ?
- Je crois qu’il faut aussi que je m’excuse encore plus auprès de mes amis. Tu sais Papy, je
comprends mieux les choses maintenant et j’ai décidé de changer.
- Ah bon, et pourquoi donc ? As-tu l’intention de changer d’avis pour Noël ?
- Euh je n’ai pas dit ça, j’ai expliqué que j’allais arranger la situation avec mes amis. C’est ce que
Maître Chritil voudrait j’en suis certain, ajouta-t-il à voix basse.
- De qui parles-tu tout bas ? Papy Octave dont les yeux pétillaient venait de l'interroger
- Non rien de spécial, je me faisais juste une réflexion sans intérêt, tu ne comprendrais pas de toute
façon.

Raphaël n’avait pas l’intention de parler de ces rencontres nocturnes. En plus il ne savait toujours
pas si c’était réel ou tout simplement un tour de son imagination. De toute façon son esprit avait
compris beaucoup de choses ces derniers jours.

Dans la matinée il n’échappa pas aux leçons car le vieil homme avait tout organisé entre des
exercices de mathématique, de la lecture et même une petite dictée. Et il lui fallut bien avouer que
Raphaël se comportait comme un élève modèle et attentif. L’après-midi, une surprise attendait le
garçon. Son grand-père qui avait le cœur tendre décida de faire un tour dans le petit bois dont la
lisière longeait la route principale à quelques kilomètres de là. Une après-midi magique pendant
laquelle le jeune garçon se convertit en véritable aventurier à la recherche de trésors. Et avant la fin
de la journée la récolte fructueuse s’étala sur la table de la cuisine. Il y avait là devant eux un amas
de nature composé de brindilles, mousses, coques diverses, feuilles dorées par les vents d’automnes
et même comme un vrai miracle une jolie bogue de châtaigne enveloppée dans du papier journal
pour éviter de se piquer.

- C’est bien joli mais nous n’allons pas pouvoir garder tout cela jeune homme. Ta mère ne s’attend
certainement pas à voir sa cuisine dans un tel état en rentrant. Alors vite fais ton tri.
Sans prendre le temps de répondre, Raphaël se mit à écarter une partie de son trésor, celle qu’il
avait l’intention de garder. Une fois cette opération faites il dit à son grand-père :
- Tiens Papy, tout ça tu peux le jeter, je n’en veux pas.
- Et que vas-tu faire du reste ?
- Il me faut des aiguilles, du fil, de la colle et du carton, je sais exactement ce que je vais en faire.

Quelques minutes plus tard, la cuisine était de nouveau propre et seule une boîte à chaussures en
carton occupait un coin de table. Dans cet espace restreint, un rêve prenait naissance, c’est du moins
l’impression que ce que contenait la boîte donnait à Raphaël.

Dans la soirée tout le monde resta admiratif devant le résultat du travail accompli. Un travail pour
lequel le garçon ne cachait pas l’aide apporté par Papy Octave. Lui heureux trônait dans le vieux
fauteuil épuisé par cette journée bien remplie.

Son petit-fils ne se fit pas prier pour aller se coucher. Lui aussi s’était bien dépensé et mieux encore
à aucun moment dans la journée il n’avait pensé à la sortie scolaire qu’il ratait du fait de son
mauvais comportement. Non une chose occupait son esprit, il voulait remercier Maître Chritil de lui
avoir montré le « bon chemin » même s’il ne savait pas trop à quoi cela le mènerait. Il entra
fièrement dans sa petite chambre et se dirigea d’un trait vers la table de chevet. Là il écarta le réveil
et la lampe fusée pour laisser de la place à la boîte en carton. Elle était tournée de manière à faire
face au lit. Il lui fallut encore plusieurs minutes qu’il mit à profit pour se laver les dents et enfiler
son pyjama bleu clair couvert d’ancres de marines rouges.
 
Il passa devant le bureau et prit soigneusement le vieux livre et se glissa sous la couette. Dans la
pièce la lueur de la lampe fusée apportait un éclairage tout en douceur. Le dos calé contre son
oreiller, il ouvrit le livre en pensant fortement à son petit compagnon secret. Oui c’était certain, ce
dernier n’allait pas rester de marbre devant ce qu’il lui avait préparé. Tout en arrivant à la page de la
châtaigne comme il aimait maintenant l’appeler il regarda son œuvre. Comme cela paraissait réel
sous l’éclairage tamisé.

Dans la boîte à chaussure un super décor avait pris place. C’était comme dans une petite maison et
pour cela l’aide de Papy Octave n’avait pas été de trop. Il y avait au fond une fausse cheminée en
carton avec un feu dessiné aux feutres jaune, orange et rouge. D’autres éléments avaient été
construits comme une petite table et un joli fauteuil. Le sol était comme une moquette de mousse
verte, bien moelleuse et nettoyée de toutes saletés. Des feuilles faisaient de jolis rideaux à une petite
fenêtre au-delà de laquelle était dessiné un décor champêtre. Et le clou du spectacle était l’œuvre de
Raphaël, lui seul pouvait produire une si fidèle représentation.
 
Avec une très grande application et d’après quelques croquis qu’il avait tracés sur un petit carnet, il
s’était attelé à créer un petit personnage dont l’élément principal était la jolie bogue verte couverte
de piquants au-dessus de laquelle il avait, en guise de tête, fixé une châtaigne rabougrie sur laquelle
il avait tracé deux petites fentes pour représenter les yeux. Aucune bouche n’était visible car il
voulait que ce soit le plus ressemblant possible et de toute façon il n’aurait jamais su comment la
représenter. Au-dessous il avait collé un amalgame de mousse duquel perçaient de solides brindilles
représentant les jambes et les bras. Et bien entendu il n’avait pas oublié la petite cane. Pas de doute
possible, Maître Chritil n’allait pas en revenir. Enfin si jamais il avait l’idée d’apparaître car une
fois encore rien ne se passait comme Raphaël le désirait. N’y tenant plus, il lécha son index et le
passa sur le bas de la nouvelle page qui sans aucune résistance se souleva pour laisser apparaître
une nouvelle surprise