L’ascension
Enfin, j’y suis ! Comme il m’en a fallu du temps pour y arriver. Devant mes yeux écarquillés s’étalent les richesses du monde et de la nourriture à profusion. Je viens de faire mes premiers pas de star sur ce tapis rouge. Mais ne vous y trompez pas, le chemin a été long et parsemé d’embûches.
Au départ je n’étais rien, à peine une poussière d’étoile, alors qu’elle ne fut pas mon étonnement quand je découvris qu’un univers incroyable, extraordinaire même, pouvait s’offrir à moi. Bien sûr, ce n’était qu’un rêve de gosse qui pourtant ne cessa de résonner au fond de moi telle une ritournelle tout au long de mon enfance.
Avide d’apprendre, de comprendre, je n’eus de cesse d’interroger, de m’intéresser et d’étudier. Ainsi je fis la fierté des miens, et les anciens m’encouragèrent dans cette direction. Je n’avais alors pas encore conscience des efforts qu’il me faudrait fournir pour atteindre mon but. Je ne faisais que naviguer dans l’ombre avec l’espoir caché d’atteindre un jour ce firmament que tous convoitent.
Quand enfin il arriva, il me fut donné l’autorisation de sortir sans personne, sans chaperon, je sentis grandir en moi un besoin irrépressible de découvrir le monde, d’élargir mon univers. La curiosité m’avait permis d’apprendre à vivre, à survivre. Le temps était venu pour moi de tisser ma destinée.
Après avoir pris une grande bouffée d’air je décidai de faire preuve de vaillance et je rejoignais le flot incessant de ceux qui aspirent à surfer sur la voie lactée de la réussite. Minuscule au regard du monde, je me lançais dans le labyrinthe de la vie passant d’une constellation à une autre.
Pour vivre, deux solutions s’offrirent à moi : me laisser guider par les autres et profiter faiblement de leurs pauvres bienfaits ou, prendre la direction des opérations et mener ma barque. Au début il me fallut faire preuve d’abnégation, commencer à travailler au bas de l’échelle, accepter, pour manger, de trimer aux profits des autres. Mais très vite j’ai ressenti cet élan qui résolument me poussait vers le haut. Paradoxalement il ne fallut pas si longtemps que ça pour que je puisse passer peu à peu de la « trime » à la frime. Mon statut évoluant je pus en profiter pour étendre plus largement mon propre territoire, je me sentis capable de bâtir jusqu’à des cathédrales.
Pour survivre, à force d’encaisser, mon corps et mon esprit se sont endurcis. Sans prises dessus, je laissais peu à peu passer les flots de reproches et de rabaissements, telle une pluie de météorites traversant dans le ciel. Avec un tel traitement j’aurai pu devenir égoïste, ne plus penser qu’à moi et non aux autres. Et pourtant une petite voix résonnait sans cesse dans mon crâne, ange ou démon qu’importe. J’acceptais inconsciemment de grandir, de me renforcer à la recherche d’une certaine reconnaissance. Ma force augmenta m’autorisant à voir toujours plus loin, plus haut, j’osais même lancer des reproches, rabaisser les autres.
À bien y réfléchir, c’est peut-être à cette chose bizarre que je dois d’y être arrivé, cette fierté, cette volonté d’épater, de prouver mes compétences. Je me lançais dans cette quête comme si je devais finir par décrocher la lune. Était-ce une erreur ? En voici une chose bien difficile à certifier ! Je n’ai tenu le compte de mes tentatives et de mes échecs mais sans repos je poursuivis mon ascension inespérée. À chaque chute succédait un nouvel essor. Et, progressivement les quelques appuis sur lesquels je pouvais compter disparurent un à un, me laissant de plus en plus seul, plus haut je me trouvais.
Dans la nébuleuse de la réussite je finis par me retrouver sans personne autour de moi, oui car là, sur ce doux tapis rouge, je ne suis en fait qu’un minuscule astéroïde perdu dans l’univers qui telle Icare finit par se brûler les ailes.
Mais mon soleil, loin d’être brûlant, est plutôt cinglant et d’une voix forte il lance : « Allez, dégage, il n’y a pas de place pour toi ici ! »
Comme d’une grosse claque du revers de la main me voilà, moi la petite fourmi envoyée dans les airs, vers, je ne sais où ?
Reste à tout recommencer ! Mais en aurai-je le temps ?

L’univers est à portée de tous, il suffit juste de vouloir s’en saisir